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 La Mère des Contes

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La baleine
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MessageSujet: L'origine des contes   Lun 12 Fév - 17:05

Salut Béa,
tu dois connaitre surement celui-ci de Gougaud, sur l'origine des contes ?
C'est mon préféré de lui.

LA MERE DES CONTES
(Contes d’Europe, Henri Gougaud, Seuil)

Où sont donc nés les contes, et pourquoi ? et comment ?
Une femme l’a su aux premiers temps du monde. Mais qui l’a dit à la femme ?
C’est l’enfant qu’elle portait dans son ventre !
Et qui l’a dit à l’enfant ? Le silence de dieu !
Qui l’a dit au silence ?

Il était pour la première fois, dans la grande forêt des premiers temps, un rude bûcheron et son épouse triste. Ils vivaient pauvrement dans une maison basse, au cœur d’une clairière. Ils n’avaient pour voisins que des bêtes sauvages et ne voyaient passer, dehors, par la lucarne, que vents, pluies et soleils.
Mais ce n’était pas la monotonie des jours qui attristait la femme de cet homme des bois et la faisait pleurer, seule, dans sa cuisine. De cela elle se serait accommodée, bon an, mal an. Hélas, en vérité, son mari avait l’âme aussi broussailleuse que la barbe et la tignasse. C’était cela qui la tourneboulait. Caressant, il l’était autant qu’un buisson d’épines, et quand il embrassait en grognant sa compagne, ce n’était qu’après l’avoir battue.
Tous les soirs il faisait ainsi, dès son retour de la forêt : il poussait la porte d’un coup d’épaule, empoignait un lourd bâton de chêne, retroussait sa manche droite, s’approchait de sa femme qui tremblait dans un coin, et la rossait.
C’était sa façon de lui dire " Bonsoir ! "

Passèrent mille jours, mille nuits, mille roustes. L’épouse supporta sans un mot de révolte les coups qui lui pleuvaient sur le dos chaque soir.
Vint une aube d’été sur la clairière. Ce matin-là, elle regardait son homme s’éloigner sous les grands arbres, sa hache en bandoulière, elle posa ses mains sur ses hanches, et pour la première fois depuis le jour de ses épousailles, elle sourit. Elle venait à l’instant de sentir une vie nouvelle bouger là, dans son ventre. " Un enfant ! " pensa-t-elle, tremblante, émerveillée.
Mais son bonheur fut bref, car lui vint aussitôt plus d’épouvante qu’elle n’en avait jamais enduré :
" Misère, se dit-elle, qui le protègera si mon mari me bat encore ?
En me cognant dessus il risque de l’atteindre. Il le tuera peut-être avant qu’il ne soit né. Comment sauver sa vie ? En n’étant plus battu. Mais comment, seigneur, ne plus être battu ? "
Elle réfléchit à cela tout au long du jour avec tant de souci, de force et d’amour neuf pour son fils à venir, qu’au soir elle sentit germer une lumière !

Elle guetta son homme. Au crépuscule, il s’en revint, comme à son habitude. Il prit un gros bâton, grogna, leva son bras noueux et…
Et alors, elle lui dit :
" Attends, mon maître, attends ! J’ai appris aujourd’hui une histoire. Elle est belle. Ecoute-la d’abord, tu me battras après. "

Elle ne savait rien de ce qu’elle allait dire, mais un conte lui vint. Ce fut comme une source innocente et rieuse. Et l’homme demeura devant elle captif, si pantois et content qu’il oublia d’abattre son bâton sur le dos de sa femme.
Toute la nuit, elle parla. Toute la nuit, il l’écouta, les yeux écarquillés, sans remuer d’un poil. Et quand le jour nouveau éclaira la lucarne, elle se tut enfin. Alors, il poussa un soupir, vit l’aube, prit sa hache et s’en fut au travail.
Au soir, lorsqu’il revint, elle l’entendit pousser la porte à grand fracas et courut à lui.
" Attends, mon maître, attends ! Il faut que je te dise une nouvelle histoire. Ecoutes-la d’abord, tu me battras après "
A l’instant même, un conte neuf naquit de sa bouche surprise.
Et comme la nuit passée, son époux l’écouta, l’œil rond, le poing tendu en l’air par un fil invisible. Le temps parut passer comme un souffle. À l’aube elle se tut.
Il vit le jour, se dit qu’il lui fallait partir pour la forêt, prit sa hache et s'en alla.

Et quand le soir tomba vint encore une histoire.
Neuf mois durant, toutes les nuits, cette femme conta pour protéger la vie qu’elle portait dans son ventre.
Et quand l’enfant fut né, l’homme connut l’amour.
Et quand l’amour fut né, les contes de neuf mois envahirent la terre.
Bénie soit cette mère qui les a mis au monde.
Sans elle, les bâtons auraient seuls la parole. fe dr
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Faenor
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MessageSujet: Re: La Mère des Contes   Lun 12 Fév - 22:31

flow Ho que oui, Dame Baleine! je le connais, et je l'apprécie grandement.
Je l'avais également posté dans le sujet "Henri Gougaud", mais le retrouver en appartée est aussi très bien!!!
Au moins, Il ne nous échappera pas! flow

Il rappelle aussi comment les Contes des Milles et Une Nuits sont nés...quelquepart.
Pour ne point avoir la tête coupée, Shahrâzâd (Shéhérazade) a conté chaque nuit à son époux, une Histoire.
Au bout de ce temps, le coeur du Roi avait changé, et il n'eut plus envie de faire couper la tête de son épouse...

halala...vaste Monde que celui du Conte! pa

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MessageSujet: Re: La Mère des Contes   Mar 13 Fév - 20:34

Oh que voilà un beau conte !
... que je ... conte !
Mais... je l'ai adapté pour m'adresser aux enfants. L'univers dans lequel je l'ai transposé est plus distant : fées, elfes, ogres.
Car parfois, malheureusement, dans le secret des foyers modernes, la réalité y est aussi rude. Je ne veux pas leur rapeler leur quotidien, ce serait brutal.

Cette histoire est merveilleuse : l'idée qu'un jour il y ait pû ne pas y avoir d'histoires !!!!!??!!......

Béa : tu connais mon vrai nom, Alice... J'ai une petite soeur qui se nomme... Schéhérazade !!... pa
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Faenor
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MessageSujet: Re: La Mère des Contes   Mar 13 Fév - 21:22

mus vrai de vrai??? en voilà un bien joli prénom! une idée bien merveilleuse!

C'est vrai que ce Co,te est dur pour les plus petits! j'espère que j'aurai un jur le privilège de te l'entendre Conter!!!

Bizoux lam

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MessageSujet: Re: La Mère des Contes   Aujourd'hui à 21:47

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