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 Henri GOUGAUD

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Faenor
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MessageSujet: Henri GOUGAUD   Ven 25 Fév - 0:26

"La raison seule ne peut remplir une vie!
Et la Lumière ne vient pas toujours de notre intelligence.
Cherchez...et vous trouverez!"

Henri Gougaud a dit:
"Lire, écouter une légende, c'est d'abord se laisser envahir par une
jouissance innocente et mystérieuse"
"Les légendes sont ce que nous avons de plus précieux en ce monde!
Chacune est un chemin qui conduit au mystère de la vie.
Elles ne sont pas une pâture puérile.Elles ne sont pas une manière
d'oublier le réel, mais de le nourrir"


Henri Gougaud est né à Carcassonne en 1936.
Auteur de différents ouvrages consacrés à la science-fiction, et le roman de "Belibaste", il a été aussi le parolier de Jean Ferrat, Gréco, Regianni..

J'ai eu la chance de le rencontrer dans les années fin 80, lors d'une "rencontre Conte"... et il nous a emmené dans des contrées profondes et oubliées, nous faisant découvrir à chacun de ses pas, les lieux les plus ténébreux pour arriver enfin à la source de Lumière!

Je vous conseille 3 recueils de contes :
"L'arbre à Soleil",
"L' arbre d'amour et de sagesse",
"L'arbre à Trésors".

Contes des 4 coins du Monde, Gougaud nous les rapporte avec beaucoup de saveurs!!!
so

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MessageSujet: Re: Henri GOUGAUD   Ven 25 Fév - 0:31

En voici un qui est dans l'un des trois ouvrages cités sur le topic précédent!

L' ARBRE

Dans un pays aride s’élevait autrefois un arbre prodigieux.
Sur la plaine, on ne voyait que lui, largement déployé entre les blés et le ciel. Personne ne savait son âge.
Des femmes stériles venaient parfois le supplier de les rendre fécondes, les hommes en secret cherchaient auprès de lui des réponses à des questions inexprimables, mais personne jamais ne goûtait à ses fruits.
Ils étaient pourtant magnifiques, si luisants et dorés le long de ses deux branches maîtresses qu’ils attiraient les mains et les bouches des enfants ignorants.
Eux seuls osaient les désirer. On leur apprenait alors l’étrange et vieille vérité:
La moitié de ses fruits était empoisonné. Or tous, bons ou mauvais, étaient d’aspect semblable.
Des deux branches ouvertes en haut du tronc énorme, l’une portait la mort, l’autre portait la vie, mais on ne savait laquelle nourrissait et laquelle tuait.
Et donc on regardait, mais on ne touchait pas.

Vint un été trop chaud, puis un automne sec, puis un hiver glacial.
La famine envahit le pays. Seul sur la plaine, l’arbre demeura immuable. Aucun de ses fruits n’avait péri.
Les gens, voyant ce vieux père miraculeusement rescapé des bourrasques, s’approchèrent de lui, indécis et craintifs. Ils se dirent qu’il leur fallait choisir entre le risque de tomber foudroyés, s’ils goûtaient aux merveilles dorées qui luisaient parmi les feuilles, et la certitude de mourir de faim, s’ils n’y goûtaient pas.

Comme ils se laissaient aller en discussions confuses, un homme dont le fils ne vivait plus qu’à peine osa soudain s’avancer. Sous la branche de droite il cueillit un fruit, le croqua et resta debout, le souffle bienheureux. Alors tous à sa suite se bousculèrent et se gorgèrent des fruits sains de la branche de droite qui repoussèrent aussitôt, à peine cueillis, parmi les verdures bruissantes.
Les hommes s’en réjouirent infiniment. Huit jours durant ils festoyèrent, riant de leurs effrois passés.
Ils savaient désormais où étaient les rejetons malfaisants de cet arbre : sur la branche de gauche. Leur vint une rancune haineuse.
À cause de la peur qu’ils avaient eu d’elle, ils avaient failli mourir de faim. Ils la jugèrent bientôt aussi inutile que dangereuse. Un enfant étourdi pouvait un jour se prendre à ses fruits mortels que rien ne distinguait des bons.
Ils décidèrent donc de la couper au ras du tronc, ce qu’ils firent avec une joie vengeresse.

Le lendemain tous les bons fruits de la branche de droite étaient tombés et pourrissaient dans la poussière. L’arbre amputé de sa moitié mauvaise n’offrait plus au grand soleil qu’un feuillage racorni. Son écorce avait noirci.
Les oiseaux l’avaient fui. Il était mort.

Ombre et lumière, thérapies et poisons coexistent dans la nature.
Sachons les faire coexister en nous.

Henri Gougaud.

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MessageSujet: Re: Henri GOUGAUD   Sam 28 Oct - 11:23

Le peintre Touo Lan.

Au pays de Taï, vécut autrefois un peintre nommé Touo Lan;
C’était un vieil homme maigre, aux longs cheveux lisses et blancs, au regard vif.
Il habitait une cabane de bambou, au bout d’un sentier tracé dans l’herbe haute, à la lisière de son
village. Il sortait rarement de chez lui. De temps en temps, il allait au marché, y faisait quelques
provisions, puis s’asseyait à l’ombre, sur un banc et , les yeux plissés, il observait les gens.
Il restait ainsi une heure ou deux, immobile, puis il rentrait chez lui.
Alors, il disposait sur la table, ses pinceaux et ses encres, et se mettait à peindre sur du papier ou de la soie, ou encore du bois;.
Et chaque jour, il peignait 7 visages!
Son travail l’absorbait tant, qu’il n’entendait ni le vent, ni la pluie, ni même les oiseaux.
A la fin de la semaine, il accrochait 7 fois 7 visages aux murs de sa maison.
Il les contemplait longuement, tête penchée sur le côté, mains derrière le dos, et secrètement, se réjouissait!.

Or, une nuit, il entend frapper à sa porte. Il est tard, mais il travaille encore à la lueur d’une bougie.
Dehors, l’orage gronde, les éclairs déchirent le ciel noir, la bourrasque hurle.

- Qui est là? demande Touo Lan, sans même lever le front de sa feuille.
- Je suis la Mort, répond une voix forte, derrière la porte. Je viens te chercher!

Le vieil homme se lève en ronchonnant, il va ouvrir.
Une nuée de feuilles mortes et une bouffée de pluie s’engouffrent dans la pièce.
Sur le seuil, se tient un grand personnage vêtu de noir, au visage sombre.

- Entre! dit Touo Lan. Assieds-toi!
Il désigne une chaise dans un coin.
- Il faut que j’achève de peindre le visage de cette fillette, tu vois, que j’ai rencontrée hier au marché! continua-t-il.

Puis, il tourne le dos à la mort, et se remet à travailler.
La Mort, sa longue faux rouillée dans sa main gauche, s’approche de Touo Lan.
Sous le pinceau du vieillard apparait une jeune-fille radieuse, qui sourit.
la Mort regarde, bouleversée: elle connait toutes les grimaces du monde mais n’a jamais vu un sourire humain.
Elle n’ose plus, tout à coup, abattre sa main squelettique sur la nuque de Touo Lan!..
Elle s’éloigne confuse, d’un pas discret, et dans la nuit noire, traversant la tempête, elle remonte au ciel.

Quanbd le Roi, des cieux la voit apparaitre dans le palais Céleste, sa faux sur l’épaule, Il lui demande d’une voix rugueuse:
- Pourquoi reviens-tu seule?
- Majesté, répond la Mort embarrassée, quand je suis allé chez Touo Lan, il était en train de peindre un sourire sur un visage...je n’ai pas pu le déranger!..
- Diable, dit Dieu. Un mortel capable d’intimider la Mort est une perle rare! je veux le voir ici, devant moi, avant l’aube!!.

La Mort redescend sur terre. La voilà sur le sentier qui conduit à la cabane de bambou.
Dans la nuit noire, elle aperçoit la lumière clignotante de la bougie, derrière la fenêtre.
Cette fois, elle ne prend pas la peine de frapper à la porte. Elle entre.




- Où étais-tu partie? dit Touo Lan. Pourquoi m’as-tu fait attendre?
Il est debout au milieu de la pièce. Il tient sous son bras ses affaires de peintre, quelques feuilles
blanches, des encres de couleur, des pinceaux.
La Mort, d’un geste large, l’enveloppe dans son manteau et l’emporte!...

Touo Lan entre dans le palais divin. le roi des Cieux, sur son trône, contemple longuement ce vieux mortel fluet, vêtu de vêtements 100 fois rapiécés, encombré de ses affaires.

- Tu n’as jamais peint que des visages, lui dit-il. Pourquoi?
- Parce que, répond Touo Lan, les visages humains sont les plus beaux paysages du Monde.

Le roi des Cieux sourit, lui tend la main et dit:
- Viens.
Ils sortent ensemble dans un grand jardin. Au milieu de ce jardin, parmi les fleurs, une source
transparente jaillit d’une petite grotte moussue.
Un soleil immobile brille dans le ciel.

- Voilà ta demeure éternelle, dit le roi des cieux. Tu vivras ici, près de l’Esprit de Vie.
Tu peindras des visages. Tu en choisiras un dans ta collection, chaque fois qu’un enfant naitra sur Terre, et tu le lui donneras.
Tel est, tel sera jusqu’à la fin des temps, le travail de Touo Lan.

Vous qui avez entendu cette histoire, que la beauté de vos enfants vous réjouisse jusqu’à la fin de vos jours.

Henri GOUGAUD.

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MessageSujet: Re: Henri GOUGAUD   Dim 29 Oct - 12:42

flow en voici un autre qui ouvre l'un de ses fabuleux recueil de Contes.


LA MÈRE DES CONTES

Où sont donc nés les contes, et pourquoi, et comment ? Une femme l'a su, aux premiers temps du monde. Qui l'a dit à la femme ? L'enfant qu'elle portait dans son ventre. Qui l'a dit à l'enfant ? Le silence de Dieu. Qui l'a dit au silence ?

Il était pour la première fois, dans la grande forêt des premiers temps, un rude bûcheron et son épouse triste. Ils vivaient pauvrement dans une maison basse, au cœur d'une clairière. Ils n'avaient pour voisins que des bêtes sauvages et ne voyaient passer, dehors, par la lucarne, que vents, pluies et soleils. Mais ce n'était pas la monotonie des jours qui attristait la femme de cet homme des bois et la faisait pleurer, seule, dans sa cuisine. De cela elle se serait accommodée, bon an, mal an. Hélas, en vérité, son mari avait l'âme aussi broussailleuse que la barbe et la tignasse. C'était cela qui la tourneboulait. Caressant, il l'était comme un buisson d'épines, et quand il embrassait en grognant sa compagne, ce n'était qu'après l'avoir battue. Tous les soirs il faisait ainsi, dès son retour de la forêt. Il poussait la porte d'un coup d'épaule, empoignait un lourd bâton de chêne, retroussait sa manche droite, s'approchait de sa femme qui tremblait dans un coin, et la rossait. C'était là sa façon de lui dire bonsoir.

Passèrent mille jours, mille nuits, mille roustes. L'épouse supporta sans un mot de révolte les coups qui lui pleuvaient chaque soir sur le dos. Vint une aube d'été sur la clairière. Ce matin-là, comme elle regardait son homme s'éloigner sous les grands arbres, sa hache en bandoulière, elle posa les mains sur ses hanches et pour la première fois depuis le jour de ses épousailles elle sourit. Elle venait à l'instant de sentir une vie nouvelle bouger là, dans son ventre.
"Un enfant !" pensa-t-elle, tremblante, émerveillée.
Mais son bonheur fut bref, car lui vint aussitôt plus d'épouvante qu'elle n'en avait jamais enduré.
"Misère", se dit-elle, qui le protégera si mon mari me bat encore ? En me cognant dessus, il risque de l'atteindre. Il le tuera peut-être avant qu'il ne soit né. Comment sauver sa vie ? En n'étant plus battue.
Mais comment, Seigneur, ne plus être battue ?" Elle réfléchit à cela tout au long du jour avec tant de souci, de force et d'amour neuf pour son fils à venir qu'au soir elle sentit germer une lumière.

Elle guetta son homme. Au crépuscule il s'en revint, comme à son habitude. Il prit son gros bâton, grogna, leva son bras noueux. Alors elle lui dit :
– Attends, mon maître, attends ! J'ai appris aujourd'hui une histoire. Elle est belle. Écoute-la d'abord, tu me battras après.
Elle ne savait rien de ce qu'elle allait dire, mais un conte lui vint. Ce fut comme une source innocente et rieuse. Et l'homme demeura devant elle captif, si pantois et content qu'il oublia d'abattre son bâton sur le dos de sa femme.
Toute la nuit elle parla. Toute la nuit il l'écouta, les yeux écarquillés, sans remuer d'un poil.
Et quand le jour nouveau éclaira la lucarne, elle se tut enfin.
Alors il poussa un soupir, vit l'aube, prit sa hache et s'en fut au travail.

Au soir gris, il revint. Elle l'entendit pousser la porte à grand fracas. Elle courut à lui.
– Attends, mon maître, attends ! Il faut que je te dise une nouvelle histoire. Écoute-la d'abord, tu me battras après !

A l'instant même un conte neuf naquit de sa bouche surprise. Comme la nuit passée son époux l'écouta, l'œil rond, le poing tenu en l'air par un fil invisible. Le temps parut passer comme un souffle. A l'aube elle se tut. Il vit le jour, se dit qu'il lui fallait partir pour la forêt, prit sa hache, et s'en alla.

Et quand le soir tomba vint encore une histoire. Neuf mois, toutes les nuits, cette femme conta pour protéger la vie qu'elle portait dans le ventre. Et quand l'enfant fut né, l'homme connut l'amour. Et quand l'amour fut né, les contes des neuf mois envahirent la terre. Bénie soit cette mère qui les a mis au monde. Sans elle les bâtons auraient seuls la parole.

Henri Gougaud, L'arbre d'amour et de sagesse, 1992.

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MessageSujet: Re: Henri GOUGAUD   Ven 15 Fév - 12:00

...un Secret... flow

LE SECRET par Henri GOUGAUD (l'Arbre d'Amour et de Sagesse -ed.Point)

Où se tenait Mahmoud était Ayaz. Où souffrait Ayaz souffrait Mahmoud.
Il n’était pas au monde d’amis plus proches. Pourtant Mahmoud était roi,et Ayaz son esclave.
Ayaz était arrivé en guenilles de vagabond dans la ville où régnait le conquérant superbe et redouté. Il avait longtemps cheminé, sans cesse assoiffé par la poussière des déserts et, plus encore, par l’increvable désir d’atteindre un jour la lumière qu’il sentait brûler dans le fond secret de son âme. Mahmoud l’avait rencontré sur les marches de son palais et l’avait pris à son service, séduit par son visage et son regard de diamant noir. Il avait goûté ses paroles simples et jamais basses.
Il avait fait de lui son conseiller. Il en fit un jour son frère de cœur.

Alors ses courtisans s’émurent. Que cet esclave leur soit préféré les scandalisa si rudement qu’ils complotèrent sa perte. Le vizir attacha quelques espions à sa surveillance. Un soir lui fut rapportée une bizarrerie dans le comportement de cet homme qu’il détestait.
Il s’en fut aussitôt dans la salle où déjeunait Mahmoud.
- “Majesté, lui dit-il, tu n’ignores pas que pour ta précieuse sécurité je fais surveiller tous les mortels, humbles et fortunés, à qui tu accordes le privilège de ta présence. Or il me parvient à l’instant d’inquiétantes informations sur Ayaz, ton esclave. Chaque soir il s’enferme seul dans une chambre basse, au fond d’un couloir obscur. Quand il sort, il prend soin de verrouiller la porte. À mon avis il cache là quelque secret inavouable. Je n’ose penser, quoique ce soit possible, qu’il y rencontre de ces disgraciés qui n’ont désir que de te nuire.
- Ayaz est mon ami, lui répondit Mahmoud. Tes soupçons sont absurdes.
Ils ne salissent que toi. Va-t’en.”
Le vizir se retira satisfait. Quoi qu’en dise le roi, son âme était troublée.
Mahmoud, demeuré seul, fit appeler Ayaz.
- “Mon frère, lui dit-il, ne me caches-tu rien ?
- Rien, seigneur, répondit Ayaz.
- Et si je te demandais ce que tu fais, dans la chambre où tu vas tous les soirs, me le dirais-tu ” ?
Ayaz murmura : “Non, seigneur.” Le cœur de Mahmoud s’obscurcit.
Le soir venu, quand Ayaz sortit de sa chambre secrète, il se trouva, dans le couloir obscur, devant Mahmoud et sa suite.
“Ouvre cette porte”, lui dit le conquérant.
L’esclave, remuant la tête, refusa d’obéir.
Mahmoud gronda : “Si tu ne me laisses pas entrer dans cette chambre, la confiance que j’ai en toi sera morte. Veux-tu cela ?”

Ayaz baissa le front. La clé qu’il tenait glissa de sa main et tomba sur le dallage. Le vizir la ramassa, ouvrit la porte. Mahmoud s’avança dans la pièce obscure. Elle était vide. Au mur pendaient un manteau rapiécé, un bâton et un bol de mendiant.
Comme le roi restait muet devant ces guenilles, Ayaz lui dit :
- “Je viens tous les jours dans cette chambre pour ne pas oublier qui je suis : un errant dans ce monde. Seigneur, tu me combles de faveurs, mais sache que mes seuls biens véritables sont ce manteau troué, ce bâton et ce bol de mendiant. Tu n’as pas le droit d’être ici. Ici commence le royaume des pèlerins perpétuels. Mon royaume. Ne pouvais-tu le respecter ?”

Devant l’esclave, le conquérant s’inclina et baisa le pan de son manteau.

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MessageSujet: Re: Henri GOUGAUD   Ven 15 Fév - 14:06

Magnifique! Comme la plupart des contes de Gougaud.
Au fait, ne devait-il pas se "produire" quelques part près de chez toi Faenor ? Est ce passé ? Est ce à venir ? Viens nous le (re)dire, SVP!
Merci
La baleine Very Happy tiluti
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MessageSujet: Re: Henri GOUGAUD   Ven 15 Fév - 15:16

flow haaa... ce Gougaud! pa

ben voui... Il se produisait en Septembre 2007, à Marseille
...mais hélàs, mille fois Hélàs.... je n'ai pu y aller... no no
ce ne sera que partie remise! je guette, je guette!!! tagad

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MessageSujet: Re: Henri GOUGAUD   Dim 24 Fév - 21:07

L'ENFER ET LE PARADIS par Henri Gougaud

Ti-Jean était de ces vauriens qui ont leurs entrées chez les anges.

Les fées, les démons, les archanges, les quatre filles de Satan étaient de ses fréquentations. Bref, il était partout chez lui.
Il se trouva donc, un beau jour, en vacances dans l’au-delà, invité par saint Théodule, un vieil ami de ses parents.

Le bienheureux lui proposa (il voulait lui faire plaisir) quelques visites culturelles au musée de l’art de mourir, au palais du roi des fantômes, au zoo des bêtes à Bon Dieu et autres lieux du pays ordinairement fréquentés par les touristes trépassés.

Ti-Jean consulta les brochures que lui vantait le saint patron, puis il fit la moue et lui dit :

- Ta générosité m’émeut, mais des parcs et des monuments nous en avons chez les vivants à ne plus savoir où les mettre.
Par contre, nous ne connaissons, dans nos royaumes rationnels, que des paradis minuscules et de ridicules enfers.
J’aimerai visiter les vrais.

- Rien de plus simple mon garçon, lui répondit l’auréolé.

Les voilà donc au seuil discret d’un de ces restaurants de luxe où l’on ne parle qu’à mi-voix.
Deux laquais devant eux se courbent, leur prennent vestes et chapeaux.

- Au sous-sol, messieurs ? À l’étage ?

- Au sous-sol, dit saint Théodule.

Rectification de cravate, clin d’oeil à Ti-Jean ébahi.

- Mieux vaut commencer par l’enfer.
Après toi. Attention aux marches.

Ils y descendent. Et que voient-ils ?
Une immense salle à manger aux quatre murs indiscernables, une table unique mais longue, si longue qu’elle se perd au loin, dans les brumes de l’infini.

Sur cette table, des soupières parfumées comme à la Noël, des langoustes, des plats de riz, de la viande aux épices rares, des desserts à la chantilly, bref un festin de rois gourmands.

Mille convives se font face, chacun armé d’une cuillere au manche plus long que le bras.
Chacun l’emplit, mais comment faire pour la retourner proprement vers la bouche tordue, béante ? Ce diable de manche est trop long !
On râle, on peste, on tend le cou, on en tombe sur le parquet, on se barbouille le plastron, on meurt de faim dans l’abondance.

- Ils sont stupides, dit Ti-Jean.

- Non, damnés, répond Théodule.
Viens à l’étage maintenant.

Ils remontent. Rez-de-chaussée, escalier raide et là, surprise. Même salle de restaurant, même table aux fonds embrumés, même festin, mêmes convives, même cuilleres démesurées.

Mais on mange, ici, on savoure, on se pourlèche, on rit aussi.
Chacun nourrit celui d’en face.
Ti-Jean sourit.

- Le paradis ?

- Tout juste, répond Théodule. J’ai un creux. Allons déjeuner.



mus flow mus

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MessageSujet: Re: Henri GOUGAUD   Mar 26 Fév - 22:57

Sacré Gougaud!
Ben moi je suis toujours dans la mer et ses contes. Alors je vous envoie celui-ci qui vient des Comores et me plait beaucoup.
Bises

LE SECRET DES POISSONS
(" Contes et légendes des Comores ")

Autrefois, raconte-t-on, la mer était inhabitée, car les poissons vivaient parmi les animaux de la forêt. Ils se tenaient debout et marchaient fièrement sur leur queue !
Un jour, Lion, le vieux roi réunit l’ensemble des animaux et leur dit
- Mes amis, la princesse est en âge de se marier. Elle épousera celui qui réussira à m’offrir la plus belle des dots : LA LUNE !
Les singes grimpèrent sur les cocotiers géants, et sautèrent pour attraper la lune. Mais ils retombèrent et se firent sérieusement mal aux fesses ! AÏE ! AÏE ! AÏE !
Les oiseaux volèrent haut, très haut, pour recueillir la lune ;, mais ils manquèrent d’air et retombèrent sur la terre en se faisant sérieusement mal aux ailes ! AÏE ! AÏE ! AÏE !
Les tigres montèrent sur les hautes montagnes, bondirent pour saisir la lune, mais tombèrent et se firent sérieusement mal aux pattes ! AÏE ! AÏE ! AÏE !
Les animaux réfléchirent longtemps, mais aucun ne trouva le moyen d’offrir la lune au vieux roi.
Il n’y a que le chef des poissons qui eut une idée. Il appela ses congénères, et leur chuchota :
- Mes frères, j’ai un secret ! En réalité, la lune ne se trouve pas au ciel. Suivez-moi !
Et tous les poissons suivirent leur chef. (Chanson des poissons à la queue leu leu) Les singes qui se soignaient les fesses les virent passer et leur demandèrent :
- Où allez-vous ainsi, amis Poissons ?
- Nulle part, nulle part ! répondirent en chœur les poissons, avant de poursuivre leur chemin.
Mais Lièvre, qui était malin et curieux avait entendu la conversation et commença à suivre les poissons tout en restant caché dans les fourrés !
Plus loin, ceux-ci rencontrèrent les oiseaux qui se soignaient les ailes.
- Où allez-vous comme ça, amis Poissons ? demandèrent les oiseaux
- Nulle part, nulle part ! répondirent en chœur les poissons, avant de poursuivre leur chemin
Lièvre, de plus en plus sûr qu’ils cachaient quelque chose, continua de les suivre. Plus loin encore, ils croisèrent les tigres qui se soignaient les pattes :
- Où allez-vous ainsi, amis Poissons ? demandèrent les tigres
- Nulle part, nulle part ! répondirent en chœur les poissons, avant de poursuivre leur chemin
Avec Lièvre sur leur talon, ils arrivèrent enfin au bord de la mer. Là, le chef des poissons confia aux autres poissons :
- En vérité, mes frères, la lune se cache au fond de la mer. Regardez
Et, en effet, la lune brillait au fond de la mer !
Heureux d’avoir trouvé la solution ignorée de tous les autres animaux, les poissons se jetèrent dans l’océan pour pêcher la lune.
Bien sur, Lièvre avait tout vu et tout entendu. Il attendit un petit moment pour voir si les poissons ressortaient avec la lune…
Puis, s’approchant du bord de l’eau, il comprit tout à coup ce que les poissons avaient vu, et il partit à toute vitesse chercher une calebasse, la remplit d’eau et accourut au château en hurlant :
- J’ai capturé la lune ! J’ai capturé la lune !
Le roi sortit de son palais, et tous les animaux se rassemblèrent.
Lièvre présenta sa calebasse d’eau, dans laquelle, bien sur, la lune se reflétait.
Alors le vieux lion déclara solennellement :
- Lièvre, tu m’as offert la lune dans une calebasse et je t’en remercie. Tu épouseras donc ma fille !
En réalité, le vieux roi savait pertinemment que nul ne pouvait décrocher la lune. Il cherchait simplement l’animal le plus malin, qui l’honorerait en devenant son gendre !
Alors que tous les animaux fêtaient les noces de Lièvre avec la belle princesse, les poissons cherchaient toujours la lune au fond de la mer, et il semble qu’ils la cherchent toujours !


fe streg fe Un zest de formule magique, et tout, tout, tout s'explique!
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MessageSujet: Re: Henri GOUGAUD   Mer 27 Fév - 1:39

applause applause applause Excellent! Haaaa, cette Lune!
voilà un joli thème à développer aussi!

Merci dame Baleine!
si tu pêrmets, pour qu'on s'y retrouve, je le copie pour le mettre également à la suite des Contes de Mers!
Je te remercie bien, Dame Conteuse!
c'est toujours un bonheur de découvrir et partager des Contes!
je vais faire un peu d'écirture de mon côté pour vous en amener des nouveaux également!

Bizoux! biz biz

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