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 La Soupe au Fouet (Bourbonnais)

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Faenor
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MessageSujet: La Soupe au Fouet (Bourbonnais)   Mer 14 Nov - 12:20

... Après la Soupe aux Cailloux, voici la Soupe au Fouet!

La soupe au fouet (Bourbonnais)
 

Il y avait une fois dans le royaume de Pimprelin le roi le plus sot et le plus crédule qu'on ait jamais vu.
En dehors de la chasse et de la pêche, son grand plaisir était d'aller chez sa soeur de lait, mariée à un nommé Cornancu, homme d'esprit subtil et rusé, qui lui faisait sur toutes choses, même les plus simples, de merveilleux récits.
Par des ruses inattendues, cet homme savait obtenir du roi qu'il lui donnât de grosses sommes d'argent.
Ayant si bon crédit et mille tours en leur sac, M. et Mme Cornancu menaient joyeuse vie, toujours en liesses, noces et festins, toujours d'ailleurs la poche vide, mais sachant la remplir quand il fallait.
Ils avaient la partie belle depuis quelques temps déjà que le roi s'était marié. La reine, fille unique et héritère d'un roi voisin, avait été mariée contre son gré, sous prétexte que le royaume de Pimprelin valait bien deux fois celui qu'elle devait avoir de ses parents.
Et l'ennui de vivre en tête à tête avec la sotte Majesté lui avait donné une maladie noire.

Rien ne pouvait distraire sa tristesse; elle jaunissait à vue d'oeil, et les médecins du royaume, appelés en toute hâte, avaient déclaré qu'ils ne répondaient pas de sa vie si l'on ne parvenait pas à la faire rire, ou tout au moins à la faire sourire.
Après avoir vainement essayé de la distraire avec des fêtes, des danses, des spectacles badins, le roi s'avisa de rechercher les inventions les plus amusantes et les plus nouvelles. Cornancu avait fourni un grand nombres d'inventions; et comme une fois il avait failli faire sourire la reine, le roi venait voir très souvent chez lui ses dernières trouvailles.

Un jour, voyant de loin venir Sa Majesté, Cornancu qui se chauffait dans sa cuisine, au coin de la cheminée, jeta vite un plein seau d'eau sur le feu, au dessus duquel bouillonait une bonne soupe fumante; ensuite il prit à brassée les tisons mal éteints et les jeta par la fenêtre, non sans se brûler cruellement les doigts; enfin mettant la main à la crémaillère, il en détacha le pot au feu qu'il plaça par terre au milieu de la cuisine.
Un fouet à la main, il fouettait le pot à tour de bras de toutes ses forces, quand le roi entra seul, familièrement, comme il en avait l'habitude.
- Que fais-tu Cornancu? demanda-t-il intrigué.
- Sire le roi, tel que vous me voyez, je fais cuire ma soupe.
Et en effet, on voyait fumer le couvercle; une bonne odeur de légumes bouillis s'en échappait; on entendait chantonner un doux bruissement.
- Tu fait cuire ta soupe sans feu? Et comment ça?
- Et pardi! en tapant sur ce pot que vous voyez avec le fouet que voilà. C'est ma marraine qui m'a donné à la fois le pot et le fouet. Elle était un peu fée. Tenez! J'ai tapé trop fort et je me suis brulé les doigts! Aïe!
Mais maintenant la soupe est cuite, car il suffit de fouetter pendant cinq minutes.
- Voilà qui est vraiment merveilleux! s'écria le roi.
- Sire, je ne vous laisserai point sortir de chez moi que vous n'ayez taté de la soupe au fouet.
Le roi en mangea une pleine écuelle et demie et la trouva excellente, sauf qu'elle était un peu chaude.
- C'est une chose extraordinaire, dit-il, et ce prodige amusera la reine sûrement. Vends-moi donc le pot et le fouet de ta marraine. Combien en veux-tu Cornancu?
- Sire le roi, pour rien au monde je ne consentirais à me séparer de ces souvenirs deux fois sacrés, si ce n'était pour un aussi bon roi que vous l'êtes. En souvenir de vos bontés passées et dans l'espoir de vos bontés futures, je veux bien quand même vous les céder. Remplissez mon pot de pièces d'or trébuchantes et sonnantes, et il est à vous, avec le fouet par dessus le marché.
- Marché conclu, Cornancu!

Le roi revint à son château, ravi d'avoir à si bon compte acheté une merveille dont personne, en aucun pays du monde, n'avait encore entendu parler. L'intendant des Menus-Plaisirs, dépêché auprès de Cornancu, rapporta, moyennant finance, le pot et le fouet enchantés.
Ils furent placés dans le Grand Salon du château qu'on appelait le Salon d'Or, parce que tout y était en or, depuis les poutres du plafond jusqu'aux carreaux sur lesquels on marchait; les tentures étaient tissées de fil d'or; les fauteuils (dont le plus beau était naturellement le trône), la cheminée, les chenêts, et jusqu'à la pelle et aux pincettes, tout était en or massif. Ce qu'il y avait de plus beau, c'était le soufflet, un joli petit soufflet également en or, mais d'un ouvrage plus magnifique que tout le reste: on y voyait d'un côté le soleil rayonnant figuré par une profusion de diamants, et de l'autre côté la lune et les étoiles représentées par toute espèce de pierres précieuses.

C'est dans ce superbe salon que le roi fit appeler la reine, les dames de la cour, les ministres, les chambellans, ainsi que la foule des courtisans.
Ils s'assemblèrent en cercle autour du pot dans lequel solennellement, le Grand Marmiton du château prépara la soupe.
Alors le roi s'écria:

- Vous allez voir le plus grand prodige du monde. Quand j'aurai fouetté ce pot avec le fouet que voilà pendant cinq minutes, la soupe sera cuite à point.

Mettant bas son habit chamarré, il posa sa couronne sur un guéridon, releva ses manches de chemise et fouetta le pot de toutes ses forces.
Les dames de la cour en falbalas, les ministres avec leurs portefeuilles sous le bras, les chambellans avec leurs clefs dans le dos, la foule des courtisans, les marmitons attirés par la curiosité, tout le monde ouvrait de grands yeux; mais par respect pour la personne royale personne ne broncha.
Quant à la reine, voyant son auguste époux dans cet accoutrement, les cheveux ébouriffés, le visage rouge comme la crête d'un coq, le voyant suer, haleter, s'époumoner à fouetter le pot, elle fut prise de fou rire, et, assise sur le trône, elle se tordit dans les contorsions d'une joie extravagante.

Au bout de cinq minutes, lorsqu'il put constater qu'on l'avait mystifié, le roi entra dans une colère épouvantable:
- Qu'on aille me chercher Cornancu! Qu'on le jette en prison! misérable, tu as lésé ma Majesté! Tu seras pendu, Cornancu, pendu, pendu! Il faisait un bacchanal de tous les diables.

Voilà qu'au moment où il exhalait sa colère, les médecins accourent auprès de lui avec des exclamations de joie et de triomphe:
- Ah! Sire, la reine a ri, la reine rit, la reine a recouvré la santé! Venez la voir vous-même, elle se tord de rire sur le trône. Faîtes au plus vite publier cette heureuse nouvelle par tout le royaume.
- Sire, dit à son tour la reine, je me sens complètement rétablie. Voici le pauvre Cornancu que deux gardes amènent enchaîné; faîtes-lui grâce, je vous en conjure; c'est à lui que je dois la santé; et pour achever ma guérison, attachez-le à notre service; il sera notre bouffon.
Enchanté de voir que le visage de la reine respirait déjà la santé, le roi se mit à sourire discrètement.
- Cornancu, je te fais grâce, dit-il d'un ton paterne, et je te prends pour bouffon. Cependant, comme il serait d'un mauvais exemple qu'ayant lésé ma Majesté tu n'en sois pas puni, voilà la seule vengeance que je veux tirer de toi - et, ce disant, il lui allongea une maîtresse gifle qui lui fit voir trente-six chandelles.
- Sire le roi, grand merci de votre grâce et de l'honneur que vous me faîtes, répondit Cornancu d'un ton pénétré de reconnaissance. Voici justement ma femme qui arrive toute en pleurs parce qu'elle croit que je vais être pendu et qu'elle ignore tout de vos bonté pour moi. Permettez que je les lui fasse connaître; que je lui montre ma joue où sont imprimés vos cinq augustes doigts; qu'elle voie de quel magnifique soufflet Votre Majesté a daigné m'honorer. Et afin quelle n'en perde jamais le souvenir, permettez que je lui donne, moi aussi, un soufflet.
- Oui, dit le roi, mais un joli petit soufflet, bien doucement car c'est ma soeur de lait.
- Volontiers, Sire, un très joli petit soufflet, et très doucement, répondit Cornancu.
Alors tout doucettement, au coin de la cheminée, entre la pelle et les pincettes, il prend le joli petit soufflet d'or et le donne à sa femme.

Le roi en fut tellement ahuri et fit une si drôle de tête que la reine partit d'un éclat de rire encore plus bruyant et prolongé que la première fois: par où les médecins virent bien - et le déclarèrent - qu'elle était complètement guérie.
Son teint reprit ses belles couleurs; et le roi ravi de cette métamorphose, jugea qu'elle valait bien une nouvelle faveur.
Non seulement il donna le soufflet d'or à Cornancu en riant de bon coeur, mais il y ajouta la pelle et les pincettes, et le nomma Premier Ministre.
Et depuis ce temps-là le royaume de Pimprelin est le plus florissant de tout l'univers.


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MessageSujet: Re: La Soupe au Fouet (Bourbonnais)   Jeu 15 Nov - 22:36

Ouah! qu'elle super histoire, j'adore, et c'est exactement ce qu'il me faut pour bientôt!
Merci Faenor! applause applause applause
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Faenor
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MessageSujet: Re: La Soupe au Fouet (Bourbonnais)   Ven 16 Nov - 8:53

Koukou Dame Baleine!
bien contente que ce Conte arrive à temps alors!
Si tu as des recherches spécifiques, tu peux m'en faire part, j'ai pas mal de Contes dans mes fichiers, et si je n'ai pas, ça stimulera mes recherches pour les ramener ici!

Bonne journée! Bizoux mus

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MessageSujet: Re: La Soupe au Fouet (Bourbonnais)   Aujourd'hui à 0:20

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