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 Contes de Féerie

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Faenor
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MessageSujet: Contes de Féerie   Jeu 3 Mar - 0:09

Sujet bien vaste que celui des Contes de Féerie!

Je ne tiens pas absolument à rapporter les Contes traditionnels qui ont fleuri sur les écrans...mais ceux qui font la magie de la création des Beautés de la Terre, ceux qui parlent vraiment des Fées et de leurs créativités, les Êtres du Petit Peuple...bref, je vous laisse découvrir un Conte qui nous vient de Chine!

LE MIROIR DES FÉES CÉLESTES

Avez-vous déjà entendu parler du palais de Brocart ? Mais si, bien sûr, c'est le palais des deux fées célestes qui tissent tout le long du jour, les nuages, pour l'empereur du Ciel. Vous vous tromperiez bien si vous les croyiez heureuses de leur sort car les deux fées s'ennuient à mourir dans leur palais. Un jour d'ailleurs, elles se sont sauvées. Écoutez plutôt...

Ce jour-là, c'était l'anniversaire de l'empereur du Ciel et tous ses serviteurs étaient occupés aux préparatifs d'un grand festin. Les employés célestes s'amusaient dans les salles impériales et la garde de la porte du Sud, celle par laquelle on descend sur la terre, buvait joyeusement à la santé de l'empereur et sombrait peu à peu dans une somnolence béate. Les deux fées célestes étaient restées seules. 

Dans leur merveilleux palais, elles s'ennuyaient de vivre constamment dans la béatitude, de boire tous les jours du nectar et de tisser tous les jours un nuage en forme d'enclume et sept nuages blancs moutonneux. Leurs jours se ressemblaient comme un neuf ressemble à un autre neuf et nos deux fées s'ennuyaient, s'ennuyaient à mourir.

« Tu sais, petite sœur, » soupirait la plus jeune, « je préférerais m'en aller et descendre sur la terre plutôt que de continuer à m'ennuyer ici. Les hommes ne connaissent pas leur bonheur ! Tant de travail, et toujours du nouveau, ça me plairait tellement ! »

« A moi aussi, » continua l'aînée, « et si tu voyais leurs montagnes et leurs rivières qui serpentent ! Que c'est beau ! Rien de pareil dans ce palais ennuyeux. Et si nous nous sauvions ? »

Le chemin n'est pas long de la pensée à l'acte. Les deux fées célestes se mirent en route et, sur la pointe des pieds, tout doux, tout doux, elles se faufilèrent jusqu'à la porte du Sud qui conduisait à laterre. Les gardes dormaient profondément. Les deux jeunes filles se glissèrent dehors furtivement.

« Maintenant, petite sœur, » proposa la cadette, « nous allons nous séparer. Tu iras vers le Sud, et moi vers le Nord. Et lorsque nous aurons trouvé un être en détresse, nous resterons pour l'aider. »

Ainsi se séparèrent les deux fées. Et tout se passa comme l'avait dit la plus jeune. Toutes deux rencontrèrent deux vieilles femmes solitaires et usées et restèrent à les aider. Bientôt, elles perdirent leur teint transparent et devinrent toutes roses. Elles se plaisaient beaucoup sur la terre. Jamais plus elles ne pensaient au ciel.

Mais rien n'est éternel, hélas. Cent ans avaient passé sur la terre, cent ans, ce qui fait exactement sept jours au ciel. Les festivités avaient pris fin et l'empereur Céleste commença à chercher les deuxjeunes filles. Mais en vain, elles étaient introuvables. « Où sont-elles donc passées, » gronda l'empereur. «Voilà un moment qu'il n'a pas plu et j'aurais besoin qu'on me tisse au plus vite un nuage d'orage. » Et l'empereur fit chercher les deux fées. Les serviteurs revinrent bientôt pour lui apprendre que la porte du Sud était ouverte et que les deux jeunes filles s'étaient probablement sauvées.

C'est un comble ! » s'écria l'empereur. «Qu'on me les ramène au plus vite ! Sinon, j'enverrai sur la terre une sécheresse abominable ! »

Alors les messagers célestes descendirent sur la terre à la recherche des deux fées. Ils les trouvèrent enfin. Mais les jeunes filles ne voulaient pas rentrer. Pourtant, il fallut bien se rendre ! Pouvait-on désobéir à un ordre de l'empereur du Ciel ? Tête baissée, les yeux pleins de larmes, les deux fées reprirent le chemin du ciel.

En arrivant devant la porte du Sud, la plus jeune dit : 
«Petite sœur, je crois que je mourrai de regret si je ne peux plus regarder le monde en bas ! »

L'aînée hocha la tête en soupirant, puis elle dit :
«J'ai une idée. Jetons nos miroirs. Ainsi, quand nous regarderons en bas, nous y verrons se refléter le monde entier. »
Alors les deux jeunes filles sortirent leurs miroirs de leurs larges manches et les jetèrent en bas. Les miroirs descendirent en scintillant, ils tournoyèrent un instant avec de petits sifflements et tombèrent sur la terre où ils se transformèrent en deux lacs enchantés dont les eaux limpides reflétaient les montagnes, les forêts, les collines et les hommes. Et savez-vous où sont ces deux lacs ? L'un est en Chine, c'est le Grand Lac Occidental, et l'autre au Vietnam, à Hanoi.
pa

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Dernière édition par Faenor le Jeu 6 Mar - 1:46, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Contes de Féerie   Dim 18 Fév - 17:00

pa en voici un autre!

La fée Grenouille (Henry Carnoy, Contes français, 1885)

Une pauvre veuve vivait seule avec son fils dans une misérable chaumière située tout auprès d’une grande forêt. La pauvre femme eût bien désiré envoyer son fils à l’école avec les autres enfants de son âge, mais sa misère ne le lui permettait point, et elle était obligée, chaque jour que Dieu faisait, de dire à son enfant d’aller par les taillis et par les buissons de la forêt pour y faire un fagot. Le bois que son fils Guillaume rapportait était mis en deux parts : la plus grosse était vendue aux gens riches du village, et les petites branches et les brindilles restaient à la maison pour faire bouillir la marmite, en été, et chauffer la chaumière, en hiver.

Un jour, le petit garçon était allé à la forêt à son habitude. Il avait recueilli beaucoup de bois mort, et son fagot était déjà bien gros, quand il entendit de petits cris perçants dans le sentier voisin.

« Qu’est-ce donc, se dit Guillaume, quelque pauvre animal se trouve ici en danger ? »
Et l’enfant courut aussitôt dans le sentier. Un gros renard venait de prendre une jolie petite grenouille verte, et il allait l’avaler, quand Guillaume parut. Le courageux enfant courut sus au renard et le força de lâcher la rainette verte.
« Oh ! le joli animal ! s’écria le fils de la veuve. Je vais le remporter à la maison. »

Il prit délicatement la grenouille, la mit dans sa poche, et, son fagot sur la tête, revint à la maison.
« Mère, vois donc la belle rainette que J’ai trouvée dans la forêt. Je vais la mettre dans un grand vase rempli d’eau, si tu me le permets.
- Que veux-tu faire de cette grenouille, Guillaume ? Tu en trouveras de pareilles par toute la forêt.
- C’est vrai, mais ce ne sera pas celle-ci. »

Et le petit garçon raconta comment il avait sauvé la rainette.
« Alors, garde-la ; mais prends-en bien soin ; il ne serait pas juste de la retenir ici pour la faire mourir. »

A partir de ce jour, l’aisance revint dans la maison de la veuve ; ce fut une grosse bourse qu’elle trouva dans son armoire sans pouvoir connaître qui l’y avait mise, puis un héritage qui lui échut , de sorte que la bonne femme put envoyer son fils à l’école du village, puis à celle de la ville. Et bientôt l’enfant devint si instruit, si instruit, qu’ayant voyagé par toute l’Allemagne et par toute la France, il ne put rencontrer personne en état de lutter avec lui pour le savoir. Vous jugez si sa mère était heureuse, et bien souvent elle répétait à ses voisines du village :
« La grenouille verte trouvée par mon fils dans la forêt doit être la cause de tout le bonheur qui nous arrive. »

Aussi elle aimait beaucoup la petite rainette et elle en avait le plus grand soin.
Un beau jour, le jeune savant revint de son voyage. Après avoir embrassé sa mère, il voulut voir la grenouille verte.
« Gentille petite bête, lui dit-il, je te remercie de tout ce que tu as fait pour ma mère et pour moi. Je veux que tout à l’heure tu te mettes à la place d’honneur et que tu dînes avec nous. »

La rainette se mit à sauter et à danser, comme si elle avait compris le langage de Guillaume.
Puis, lorsque le dîner fut servi, elle sortit de son gîte et vint s’asseoir sur le fauteuil qui lui était destiné.
Mais voilà que tout à coup la grenouille se changea en une jeune fille de toute beauté, aux grands yeux bleus et aux longs cheveux blonds flottant sur les épaules. Jamais il n’avait été donné au jeune savant de voir réunies autant de perfections dans une fille terrestre. L’adorable créature lui dit au bout d’un instant :
« Je suis l’une des fées de la forêt. Je t’avais bien souvent remarqué cherchant du bois mort par les taillis et les buissons, et j’avais admiré ton courage et ton ardeur au travail. Je te voulais du bien, et c’est pour cela que j’ai pris la forme d’une grenouille afin de pouvoir éprouver ton coeur. L’épreuve t’a été favorable et tu es digne de tout ce que j’ai fait pour toi et pour ta mère ; car c’est moi qui avais placé la bourse dans le bahut, c’est encore moi qui vous envoyai l’argent donné comme héritage d’un parent défunt, et c’est moi aussi qui t’ai donné l’esprit de sagesse et de science. Maintenant, j’ai une demande à te faire : je t’aime, veux-tu m’épouser ?
- Belle fée, certes, je voudrais vous prendre pour ma femme, mais nous avons dépensé notre petite fortune pour mon instruction et mes voyages, et il ne nous reste presque rien. Je ne voudrais pas vous rendre misérable.
- Ce n’est que cela qui te retient ? Vois mon pouvoir ! »

Et la fée, saisissant une poignée de fèves placées près de là dans un sac, les changea en beaux louis tout neufs.
Le jeune savant était décidé, et, huit jours après, on célébrait ses noces dans l’église du village voisin.
Grand fut son étonnement, à son retour de la messe, de voir un château merveilleux à la place de la chaumière qu’il avait quittée le matin. C’était encore la fée, sa femme, qui, par sa puissance, avait élevé en si peu de temps le palais splendide où depuis elle vécut heureuse avec son mari pendant de longues années.

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MessageSujet: La Fée des Bois (Russe)   Sam 17 Nov - 22:28

Un petit conte de Féerie avant d'aller se coucher! flow



Conte Russe


Il était une fois, une jeune fille qui vivait seule avec sa mère dans une pauvre ferme. Elles n'avaient que deux chèvres et chaque matin, la fillette les emmenait dans une clairière des bois pour qu’elles y broutent. Pour toute nourriture, la fillette n'avait qu'un morceau de pain et pendant que ses bêtes paissaient, elle devait filer le lin pour ne pas perdre de temps à rêver. La vie était bien difficile mais la petite Maria était une enfant heureuse qui chantait et dansait sur le chemin.
Elle chantait toute la journée en travaillant et rapportait le soir à sa mère un fuseau rempli de fil de lin.

Un jour, alors qu’elle était à filer et chanter une femme magnifique sortit de la forêt
- Aimes-tu danser Maria? lui demanda-t-elle.
- Je pourrais danser tout au long du jour !
- Viens donc avec moi et je t’apprendrai...
Les oiseaux de la forêt se mirent alors à chanter sur les accords que soufflait le vent dans les branches... Elles dansèrent, dansèrent, dansèrent ; mais quand le soleil se coucha Maria réalisa que son fuseau n’était qu’à moitié rempli...
- Es-tu malade, lui demanda sa mère ?
- Je te promets de remplir le fuseau demain...

Le lendemain, sur le chemin, elle ne dansait ni ne chantait plus.
- Aujourd’hui il n’est pas question que j’accompagne cette drôle de femme, s’était-elle promis !
Elle fila toute la matinée, mais lorsque le soleil darda sur elle ses rayons au zénith, la dame apparu pour l’inviter à nouveau
- Je ne peux pas, répondit la fillette, j’ai beaucoup de travail.
- Ne t’inquiète donc pas pour ça...
Et elles dansèrent, dansèrent, dansèrent...
A la tombée du jour Maria s’effondra en larmes voyant que son fuseau n’était pas plus avancé que la veille.
Alors la femme murmura quelques paroles et en un clignement d’œil tout fut comme si Maria avait travaillé durant la journée toute entière.
- Tisse mais jamais ne jure, lui dit-elle en tendant le fuseau. N’oublie pas, tisse mais jamais ne jure...

Le lendemain la petite chantait et dansait à nouveau tout en cheminant avec ses deux chèvres vers la clairière. A midi la femme vint et les oiseaux chantèrent, le vent souffla les accords...
Et elles dansèrent, dansèrent, dansèrent...
Le soir, Maria reçut un petit coffret de bois.
- Ne regarde pas ce qui est à l’intérieur avant d’être rentrée chez toi...
Mais bien sûr, en cours de route Maria ouvrit la boite et la trouva pleine de glands de chênes. De dépit, elle en jeta une poignée sur le sol et rentra chez elle.
Sa mère l’attendait sur le pas de la porte :
- Où as tu trouvé le fuseau d’hier? J’ai tissé toute la matinée mais j’avais beau tirer sur le fil, la pelote ne désemplissait pas ! J’ai fini par jurer et voilà que tout à coup le fuseau a disparu... Il y a derrière ceci quelque sorcellerie !
Maria fut donc bien obligée de tout avouer à sa mère. La danse, la femme merveilleuse...
- Tu as rencontré la fée des bois, dit sa mère. Elle vient parfois danser avec les jeunes filles. Par contre, si elle rencontre un homme elle l’entraîne au plus profond de la forêt et on ne le revoit jamais...
Maria lui montra le coffret et lorsqu’elles l’ouvrirent elles constatèrent que les glands restant étaient en or...
- Heureusement que tu n’as pas tout jeté !

Le lendemain, la mère et la fille allèrent à l’endroit où Maria avait jeté les glands. Mais elles ne découvrirent rien d’autre que trois nouveaux splendides chênes qui avaient poussé là pendant la nuit.
Ces trois chênes que l’on peut toujours voir non loin de là...
Maria ne rencontra plus jamais la fée des bois. Sa mère acheta une nouvelle ferme et la jeune fille continua à danser et chanter tout au long des jours.



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MessageSujet: Re: Contes de Féerie   Ven 8 Fév - 12:49

fe en voici un autre, Dame Baleine! papillon

LA TOUR DES FÉES
    
C'est une histoire qui date d'il y a bien longtemps, d'un temps où vivait à Quissac une petite fille qui était muette et qui s'appelait Bertine ; cette petite fille, orpheline de père et de mère, avait été élevée par sa grand-mère ; comme la vieille était bonne comme la pluie d'été, Bertine avait été heureuse quoique l'une et l'autre vécussent pauvrement ; jusqu'à ce matin-là où la grand-mère ne se réveilla point ! Voilà Bertine seule au monde, sans ressources, obligée de tendre la main pour survivre. Elle s'en alla par sentes et chemins, de villages en hameaux, et de mas en masets mendier une pièce de menue monnaie par-ci, un quignon de pain rassi par-là.
   
Un jour, poussée par la nécessité, elle s'aventura plus loin que de coutume dans la forêt de Coutach. Lorsque le soir ne fut plus loin, elle ne parvint pas à retrouver le chemin du village ;  plus elle marchait, plus le bois devenait menaçant, les arbres immenses masquaient le ciel et les buissons se pressaient les uns contre les autres au point qu'on ne pouvait s'y mouvoir qu'avec les plus grandes difficultés. Bertine se voyait déjà la proie des loups, quand elle vit un sentier qui l'amena près d'une maison de rondins de bois couverte d'un toit de chaume ; elle frappa ; comme personne ne répondit, elle décida d'entrer. Qui que ce fût qui logeât là, il devait être bien riche car l'or et l'argent, les bijoux jonchaient le sol de terre battue, au milieu du plus incroyable désordre que la petite eût jamais vu : de grands plats sales et des os de toutes natures et de toutes grandeurs encombraient la table de chêne massif. Elle était là, à contempler la pièce, quand la porte de la chaumière s'ouvrit avec fracas, et une main velue s'abattit sur son épaule, pendant qu'un rire gigantesque faisait trembler les vitres sales :
- Petite, tu n'as décidément pas de chance : tu auras échappé aux loups pour tomber entre les pattes du Galavard !
    
LE GALAVARD ! Bien sûr Bertine connaissait de réputation l'ogre qu'on disait habiter la forêt de Coutach : sa grand-mère lui avait assez répété de ne jamais s'aventurer seule dans les bois, sous peine de rencontrer le géant. L'ogre tâta le bras de l'enfant, et fit la moue :
- Tu es bien maigre : je ne ferais de toi qu'une demi-bouchée. Qu'à cela ne tienne : je t'engraisserai ; et pour ne pas te nourrir à ne rien faire, tu feras mon ménage, ma vaisselle et ma lessive en attendant que je te trouve assez dodue pour faire un repas convenable.
Qu'en dis-tu, petite ?
Bertine expliqua par gestes qu'elle était bien incapable de répondre, mais qu'elle acceptait de devenir la servante du Galavard.
- Bien ! Mais pour te passer l'envie de me fausser compagnie, sache que si je dors la nuit, les loups, eux veillent ; le jour, j'aurai tôt fait de te rattraper : regarde ce qui t'arriverait !


Le Galavard se boucha la narine gauche et souffla le feu par celle de droite : de grandes et belles flammes sortirent de la narine, qui auraient grillé l'enfant si l'ogre n'avait détourné la tête ; puis il se boucha la narine droite et souffla le froid par celle de gauche : sous l'haleine gelée le sol, les meubles et les murs se couvrirent de glace.
    
Du temps passa ! Bertine s'honorait de bonne grâce à servir le Galavard. De l'aube jusqu'à nuit faite, elle lavait, brossait, lessivait, repassait, rangeait la maison de l'ogre ; elle posa des rideaux aux fenêtres, orna les meubles de napperons de dentelle et fit de grands bouquets de fleurs des champs qu'elle mit dans des pots : soit que l'ogre la trouvât toujours assez peu dodue, soit qu'il appréciât d'habiter un logis bien propret et bien rangé, toujours est-il qu'il remettait toujours au lendemain d'en faire son déjeuner !
    
Un soir de pleine lune, alors que l'astre de nuit bleuissait toutes choses aux alentours, Bertine s'installa près de la fenêtre pour admirer le paysage. Tout à coup, elle vit descendre de chacun des arbres une lumière ; il y en avait des centaines qui toutes convergeaient vers un bâtiment de la forêt qu'on appelait la tour des fées. Intriguée, et parce que les animaux sauvages apeurés se détournaient, la petite suivit les lumières jusqu'à la tour ; elle y pénétra après elles ; là, elle vit que chacune des lumières se transformait en une petite bonne femme, bien jolie, toute lumineuse, avec des ailes de libellule dans le dos et guère plus grande que la main ; elle vit que les fées ( car bien entendu il ne pouvait s'agir que de fées ! ) formaient une ronde, et qu'elles tentaient d'ébaucher quelques pas de danse. Soudain la plus belle et la plus lumineuse des fées ( la reine sans l'ombre d'un doute ! ) vit Bertine et s'approcha pour la fixer droit dans les yeux ; elle y lut que la petite avait le coeur pur et qu'elle ne dissimulait en elle aucune méchanceté.

La reine des fées sourit à l'enfant, et lui dit :
- Sois la bienvenue parmi nous, fillette ! Vois-tu, nous sommes les fées de la forêt de Coutach - chaque arbre à la sienne, sans laquelle il ne pourrait vivre - et à chaque mois lunaire, c'est à dire tous les vingt-huit jours, lorsque la lune est pleine, nous pouvons quitter nos arbres et venir ici pour célébrer par nos danses la nouvelle lune.
Tu nous vois là dans un grand embarras : figure-toi que les fées sont incapables de jouer de quelque instrument que ce soit.
Toi, accepterais-tu de jouer pour nous ?

Bertine expliqua par gestes qu'elle était bien incapable de parler, ou de chanter, et qu'elle ignorait tout de l'art de jouer de quelque instrument que ce soit !
- C'est sans importance, dit la reine des fées, nous ne sommes point fées pour rien et nous possédons assez de pouvoir magique pour t'y aider. Vois-tu ce noisetier qui pousse au milieu de la grand-salle de la tour des fées ? Eh bien tu devras en couper une branche.
Bertine coupa la branche !
- Bien ! Maintenant courbe la branche et attaches-y un de tes cheveux à la manière d'un arc, puis tends-en un second, un troisième, un quatrième, un cinquième, un sixième, un septième : n'est-ce point l'instrument de musique que les hommes appellent une harpe ?
Bertine sourit tristement : cette harpe-là était bien trop fragile pour que quiconque pût en jouer !

La reine des fées commanda :
    
“ Souffle souffle laridou ;
souffle souffle laridourida ! ”

   
    À peine Bertine eut-elle soufflé sur la harpe de bois, que celle-ci se transforma en une harpe d'or, et que la harpe d'or se mit à jouer une première danse ; après quoi il suffit à la petite fille de souffler de nouveau pour que les danses s'enchaînassent aux danses, toute la nuit durant.
Les premières lueurs du jour incendièrent les murs de la grand-salle de la tour des fées ; les fées redevinrent lumières ; elles s'enfuirent, chacune laissant derrière elle une traîne de boutons d'or sur le sol moussu !
Bertine, quant à elle, regagna bien vite la maison de rondins ; elle y cacha la harpe d'or sous sa paillasse en attendant la lune pleine et le prochain bal des fées.

Pendant quelques jours Bertine se garda bien de toucher à la harpe magique ; puis, une nuit, n'y pouvant plus tenir, elle sortit sans bruit de la maison de rondins, et s'en écarta assez pour ne point être entendue ; du moins le croyait-elle, car aussi doucement qu'elle fît, elle réveilla l'ogre.
Ce dernier n'aimait pas qu'on jouât de quelque instrument que ce soit, ou qu'on chantât, mais intrigué quant à l'origine de la harpe d'or, il se garda bien d'intervenir ; il surveilla l'enfant chaque nuit jusqu'à ce que la lune pleine bleuît de nouveau les alentours.

Cette nuit-là l'ogre vit les lumières descendre des grands arbres, et se diriger vers la tour des fées ; il vit Bertine qui les suivait en serrant contre elle l'instrument et, marchant sur leurs traces, il vit les lumières se transformer dans la grand-salle, puis il vit les fées qui se prenaient la main pour danser après que l'enfant eut soufflé sur la harpe magique.

Comme le Galavard détestait autant les fées que la musique, il se jeta sur elles ; avant qu'elles ne fussent revenues de leur surprise, se bouchant la narine droite, il souffla le froid par celle de gauche : les fées s'immobilisèrent, pétrifiées, puis elles s'éteignirent peu à peu, et enfin elles s'évanouirent ! Alors l'ogre se saisit de la harpe, et il la brisa, puis il prit l'enfant par l'oreille, et il la raccompagna jusqu'à la maison de rondins en lui promettant, dodue ou pas, de la manger sans plus attendre si elle s'avisait d'encore lui désobéir.
Un nouveau mois lunaire passa, pendant lequel Bertine désespérait de jamais revoir les fées et de jamais rejouer de la harpe d'or ; elle désespérait d'autant que les arbres, orphelins de leurs fées, dépérissaient et qu'ils perdaient leur beau feuillage ; encore un peu, et la forêt de Coutach ne serait plus qu'une forêt d'arbres morts ! Lorsque la lune pleine bleuit de nouveau la nuit et les bois, la petite se dirigea, malgré les menaces de l'ogre, vers la tour des fées afin de leur rendre un dernier hommage ; là, dans la grand-salle de la tour, elle vit des centaines de boutons d'or, et elle entendit résonner une voix cristalline, la voix de la reine des fées :

“ Souffle souffle laridou ;
souffle souffle laridourida ! ”


    Bertine souffla sur chacune des fleurs, et chacune des fées renaissait dans un éclat de rire ; après quoi la fillette cueillit une autre branche de noisetier ; elle en fit d'abord un arc avec un premier cheveu, puis elle en tendit un second, un troisième, un quatrième, un cinquième, un sixième, un septième ; elle forma une harpe. La reine des fées prononça la formule magique :
   
“ Souffle souffle laridou ;
souffle souffle laridourida ! ”

    
    Bertine souffla, la harpe de bois se mua en harpe d'or qui joua une première danse, puis une seconde... ; de danse en danse, les premières lueurs de l'aube incendièrent les murs de la grand-salle ; les fées redevinrent lumières ; elles s'enfuirent, laissant derrière chacune d'entre elles une traîne de boutons d'or, et Bertine courut pour regagner la maison de l'ogre avant qu'il ne se réveillât. Soudain la porte de la maison de rondins s'ouvrit avec fracas ; le Galavard se précipita en écumant vers la petite fille ; comme il allait l'atteindre, celle-ci entendit une voix qui venait du plus beau, du plus grand des arbres, et cette voix disait :
    
“ Souffle souffle laridou ;
souffle souffle laridourida ! ”

    
    Bertine souffla sur le Galavard ; ce dernier se transforma en un énorme nuage noir qui crachait des éclairs, et le nuage s'éleva, s'éleva, s'éleva bien haut au-dessus de la forêt de Coutach ; il eut beau tonner, et cracher toute la pluie dont il était capable, la petite qui s'était mise à l'abri dans la maison de rondins s'en moquait. Quant aux arbres, qui avaient retrouvé leurs fées, ils n'en reverdirent que plus vite. La fureur du Galavard était telle que les eaux du Vidourle montèrent, montèrent, montèrent ; et que la vidourlade inonda les bas quartiers de Quissac et de Sommières !
    
    
Bertine vécut longtemps dans la forêt de Coutach ; on dit même qu'elle y épousa un gentil bûcheron qui aimait les arbres, et qu'ils vécurent à l'abri du besoin grâce au trésor du Galavard ; on dit encore que certaines nuits Bertine glissait quelques pièces sous la porte des plus pauvres parmi les Quissacois. Toute sa vie, chaque nuit de pleine lune, elle s'en alla animer le bal des fées avec sa harpe d'or ; et quand s'en venait l'été, elle saluait le soleil en jouant de la harpe d'or. Quand le bûcheron et Bertine furent devenus bien vieux, si vieux que Bertine n'avait plus assez de souffle pour animer la harpe d'or ; la reine des fées transforma le bûcheron en arbre, et Bertine en une petite bête, pas plus grande que mon petit doigt, une petite bête qui étreint les arbres lorsque l'été s'en vient, une petite bête qui joue pour saluer le soleil, et cette petite bête c'est... LA CIGALE !

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MessageSujet: Re: Contes de Féerie   Ven 8 Fév - 18:59

Merci Faenor,
je ne connaissais pas la dernière et c'est ma préférée!
Je la raconterai dés que possible!

fe biz
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MessageSujet: Re: Contes de Féerie   Ven 8 Fév - 23:19

applause chouet'!!! j'ai tapé dans le mille, alors! ça fait plaisir!!
Il me plait beaucoup aussi! tout à fait le style que j'aime!
Jen ai un autre que tu dois connaitre aussi : "la Fée-Brebis".
Mais je n'ai que la version sur une revue d'Enfant, du genre
"les belles histoires", je crois.
Je la tape ce week-end, et je la mettrai ici!

Bises à toi! biz

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