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 Le dernier loup d'Amarok

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Oeil-de-Loup

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Masculin Nombre de messages : 13
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Localisation : Dans ma forêt, au Canada
Emploi : Survivre
Date d'inscription : 02/06/2010

MessageSujet: Le dernier loup d'Amarok   Sam 28 Aoû - 5:18

Il fut un soir où je méditais lorsqu'un esprit on-ne-peut-plus étrange m'apparut. Il m'eut dit être le dernier de sa race, d'être d'un monde précurseur au mien et me dit aussi être content d'avoir enfin trouvé un homme capable de l'entendre. Nous fîmes connaissance et il me raconta son histoire, qu'il m'a demandé de vous transmettre le plus tôt possible.

Or, voici, en version courte, l'histoire de Moro.

Mon histoire remonte à un temps immémorial pour tous, même ceux qui se disent vivants depuis la création du monde. C'était un temps où l'humanité n'existait pas, un temps où les saisons n'avaient pas encore de maître et où ceux de mon peuple étaient sur le bord de l'extinction. L'on dit les dieux immortels, et pourtant, j'en vit passer plusieurs générations sous mes yeux, et le plus vieux d'aujourd'hui n'étais pas né lors du tragique récit qui est le mien. Aujourd'hui encore, ma mémoire se fait des contorsions incroyables pour me remémorer ces temps perdus.

J'étais Moro, loup d'Amarok, un Animal.

Lors du début de notre race, ainsi que celui de tous les autres de mon temps, Amarok, le dieu de la vie de ce temps, créa les plantes, puis il nous créa. Dans ce temps là, il n'y avait pas d'animaux, pas d'hommes, seulement nous, les loups, les daims, les aigles ect. Nous étions ce que vous appelleriez aujourd'hui un hybride entre homme et animal, mais la vérité est tout autre. Nous étions les Animaux, nous étions immortels, et je le suis toujours, mais seulement pour ce qui concerne l'âge. Lorsqu'un de nous mourrait, il se réincarnais, devenait à nouveau ce qu'il était neuf jours passés. Pour ce faire, un rituel que peu ne connaissaient pas devait être fait, rituel dans lequel Amarok lui-même intervenait. Ça arrivait plus souvent pour les cerfs et autres proies, puisqu'ils étaient la seule source de viande.

Mais un jours, les Animaux devinrent arrogants, commencèrent à se guerroyer, se tuer sans le but de manger. C'était un sacrilège à Amarok, lequel se fâcha et lâcha une immense flèche vers notre Terre, l'Ekigam, ce qui nous affecta tous d'une terrible malédiction. Bien vite, on se rendit compte que, lorsque quelqu'un «mourrait», il ne pouvait se réincarner. Les chasseurs comprirent et arrêtèrent de tuer les proies. Ils mangèrent ce qu'ils trouvaient, des fruits, ceux tués par accident ou par des ignorants. Mais ça ne pouvait durer. Alors, beaucoup se rassemblèrent et demandèrent à Amarok d'alléger sa malédiction. Amarok répondit par un malédiction encore pire que la première. Depuis, lorsqu'un Animal mourrait, il se désincarnait. Par le rituel, on pouvait encore les faire revenir, mais en lieu et place à leur propre personne, il y avait un homme et ce que vous appelez aujourd'hui un animal. L'homme gardait tous les souvenirs de l'Animal, mais l'animal gardait toutes les valeurs. Ainsi naquirent les hommes.

J'étais Moro, loup d'Amarok, guerrier de clan.

Bien vite, les hommes prirent de l'extension, se créèrent des villes de plus en plus grosses, de plus en plus nombreuses, se multiplièrent et nous chassèrent sans considération pour nos «enveloppes d'Amarok», comme ils disaient. Les Animaux durent s'unir pour faire face à cette menace inattendue et, bien vite, bien trop vite, une guerre éclata, divisant plus que jamais le peuple aux Animaux. Le troupeau, lui, c'est-à-dire l'ensemble des animaux, ne s'occupait pas de cette guerre, ils n'étaient pas assez intelligents pour y porter attention. Les hommes se créèrent des armées, des empires, et les Animaux avaient des clans pour certains, des tribus pour d'autres. Cette guerre était insensée, injuste, car à chaque fois qu'un de nous mourrait, un homme naissait. Pour chaque mort, le rituel se faisait quand même, bien que ça ne pouvait nous aider. Certains voulait garder leurs êtres chers, d'autres complotaient avec l'ennemi. Quoi qu'il en fut, il fallait mettre un terme à cet immense conflit avant qu'il ne soit trop tard.

Les quelques survivants des Animaux se rassemblèrent, et, après maintes réflexions, compromis et ententes, développèrent un plan. Il fallait arrêter cette malédiction à sa source: l'Ekigam, antique et maudite flèche que lâcha Amarok sur Terre. Alors tous se mirent en route, bien que nous étions très peu; Assa, mon père qui devint un homme, mais resta de notre côté, Raskasha, mon épouse et dernière louve d'Amarok, Ophi, dernière ourse d'Amarok et amie depuis toujours, et moi-même, Moro, chasseur et guerrier, conteur et chef de meute. Nous entreprîmes alors la plus grande quête de notre temps, nous recherchâmes l'Ekigam par monts et par vaux, nous voyageâmes tel le vent, vainquant toute résistance sur notre chemin. Sur la route vers la flèche maudite, nombreux furent les obstacles, nombreuses furent les occasions de faire demi-tour, mais jamais nous n'eûmes de repos. Les années passèrent, puis les décennies. Toujours et encore, les hommes nous voulaient nos peaux et, par un horrible jour neigeux, une de leurs épées éventra Ophi. Nous tentâmes bien de la sauver mais, le matin suivant, la race des ours d'Amarok disparu, ainsi que ma bonne amie. Assa demanda de faire le rituel en secret, afin que nous ne gardions d'Ophie que le souvenir de sa vie d'ourse. Une fois le rituel fait, nous nous remîmes en route.

J'étais Moro, loup d'Amarok, dernier espoir de mon peuple.

Nous cherchâmes sans relâche, sans repos, et, au bout d'une interminable recherche de plusieurs décennies, nous finîmes par trouver trace de l'Ekigam. Assa se faisait vieux, il ne pourrait bientôt plus nous suivre. Nous suivîmes la trace jusqu'à sa source, et trouvâmes alors avec effroi un horrible spectacle devant nos yeux: les hommes avaient trouver l'Ekigam, et ils la priait comme un dieu. Au fil du temps, depuis la création des hommes, la flèche maudite n'arrêtait pas de gagner du pouvoir, dû à l'importance que lui accordaient les hommes. Elle finit même par devenir un dieu. Il fallait l'arrêter avant qu'il ne soit trop tard, si ce n'était pas déjà le cas.

La tâche devant nous n'allait pas être facile: les hommes gardaient le temple au milieu duquel l'Ekigam reposait avec plus d'hommes qu'il n'en faut pour prendre d'assaut une forteresse, seul moi et Raskasha pouvaient mener à bien cette mission, car Assa se faisait trop vieux, et nous allions devoir trouver un moyen de tuer un dieu. À ce moment précis, ma détermination n'aurait pu être plus forte. Ma femme et moi empruntâmes des couloirs cachés et secrets qu'Assa trouva en se confondant parmi les hommes et en y cherchant comment atteindre la flèche maudite, et nous fûmes bientôt dans la pièce où reposait l'Ekigam.

J'étais Moro, loup d'Amarok, tueur des dieux.

Pétrifiés sur place, nous vîmes alors le but de notre voyage, l'Ekigam, sorti du sol, suspendu la tête en bas. C'était une flèche d'une taille colossale: même un titan d'aujourd'hui n'aurait pu s'en servir comme lance. Sa tête, bien que toute petite comparée au reste de la flèche qui s'élevait comme un monument à la hauteur de ciel, était quand même de taille impressionnant, elle était plus grande que moi. Puis, sans un mot, je marchai jusqu'à la tête de l'Ekigam, et m'y arrêtai. Puis tout se passa alors trop vite.

Raskasha me criait de me dépêcher, les hommes courraient, armes au poing, vers moi et ma femme, je dégainai mon épée et fendit d'un coup la tête de la flèche, mon épée et tout espoir de passer inaperçu. De l'impact jailli une très forte lumière, qui aveugla tout ceux qui la virent. Des flèches sifflèrent à mes oreilles, une fit mouche dans mon bras, une autre eu Raskasha au coeur. Tout s'arrêta devant moi. Puis Amarok m'apparut. Il me dit que ce monde était fini, qu'il était temps de faire place pour le suivant, de faire comme ceux qui étaient avant lui. Il devint alors une épée semblable à la mienne, si ce n'était qu'elle vibrait de l'essence même d'Amarok, car il avait concentré tous ses pouvoirs dans cette épée, jusqu'à son dernier souffle de vie. J'avais maintenant une arme capable de pourfendre un dieu.

De retour à moi-même, je tuai tous les hommes dans la pièce d'un seul revers, puis me dirigeai vers Raskasha. Je ne pu alors que lâcher mon épée, car ma femme, mon unique amour et ma seule chance de faire vivre ma race, était en train de mourir devant moi. Je me souvient encore aujourd'hui très exactement, tel une chanson que l'on se souvient de son enfance, une que l'on se faisait chanter chaque soir, de ce qu'elle me dit juste avant de mourir, de ses dernières paroles:

-Moro, mon amour, vit. Vit pour voir le monde changer, vit pour voir les hommes changer, vit pour changer le monde, vit pour changer les hommes. Et surtout, n'... N'oublie pas, n'oub... N'oublie jamais, j... Je t'aim...

J'étais maintenant seul. Assa s'était fait capturer par les hommes, ma femme est morte dans mes bras et même mon dieu est mort en me donnant son pouvoir. Je ramassai mon épée chargée du pouvoir d'Amarok et jura de changer le monde à jamais. Alors, je chassai et tuai tous les prêtres de l'Ekigam et, lorsque je pourfendis le grand prêtre, son regard me transperça jusqu'à l'âme lorsqu'il m'eut maudit, même si je ne croisait pas son regard. Il me dit en mourant que j'étais maudit, celui dont la vie sans fin n'apportera que des souffrances, à lui-même et à son entourage, celui qui vivra pour voir le début des temps et le jugement dernier.

Par la mort de son dernier prêtre, Ekigam m'apparut comme le fit Amarok. Sans perdre de temps et sans en laisser à Ekigam pour réagir, je fondit sur lui et déchirai son essence divine par l'épée d'Amarok, et elle se dispersa entre le temps et l'espace. La mort d'un dieu n'est pas chose banale, c'est pourquoi tous les autres dieux m'apparurent alors. Leur sort fût le même que celui d'Ekigam, à l'exception près que leur essence divine ne fut pas bannie, mais plutôt absorbée par mon épée. Puis j'en appelai au nouveau pouvoir impossible de mon arme et mit fin au monde.

J'étais Moro, loup d'Amarok, voyageur à la vie sans fin.

Les évènements qui suivirent sont flous dans mes souvenirs, se confondent et se contredisent. Ce que je sus de certain, c'est qu'un nouveau monde fût créé, et qu'un nouvel avenir s'offrait à moi. Je vis le monde naître, devenir ce qu'il est aujourd'hui. Je parcourus ce nouveau monde, en appris les us et coutumes et je me fis une nouvelle vie.

J'étais Moro, loup d'Amarok, premier conteur.

Les hommes de ce monde étaient ignorants, et même s'ils apprenaient quelque-chose, ils ne pouvaient se le transmettre entre eux. Ils ne se partageaient point leurs aventures, leurs expériences, leurs joies ni même leurs peines. Mais au moins, ils n'étaient pas complètement mauvais, ils ne s'entretuaient pas autant que ceux de mon monde. Il y avait un espoir.

Voyant bien que s'ils ne trouvaient pas de moyens de transmettre leurs idées et expériences, la race ne s'épanouirait pas, et resterais à jamais la même. Je pris alors la décision de partager aux hommes l'art de mon peuple, le conte, et ainsi leur permettre d'évoluer. J'allai les rencontrer, leur parler, faire leur connaissance et, un peu plus tard, je leur racontai des histoires. Bien vite, ils voulurent faire pareil, et je leur montrai comment. Les hommes commencèrent à échanger leurs expériences, leurs passions, et le peuple s'épanouit alors dans des proportions que je crus d'abord impossibles.

Les hommes changèrent, évoluèrent, et, grâce au conte, à la nouvelle tradition orale, ils s'étendirent partout dans le monde. Puis certains hommes décidèrent que le monde devait leur appartenir, qu'il devait être le leur. Ils se guerroyèrent, s'entre-tuèrent souvent à cause de simples mal-entendus, et les hommes se divisèrent. Une des divisions finit même par être la dominante, même si leurs nombres étaient de loin inférieurs à ceux des autres. Malgré le conte, malgré le respect qu'ils éprouvaient autrefois, ils ne s'écoutaient plus entre eux, ils ne respectaient même plus la nature, celle dont ils avaient tant besoin autrefois, et je fus oublié par tous.

Je cherchai quelqu'un qui pourrait m'écouter, quelqu'un qui pourrait reprendre la tradition orale, et trouvai un peu partout des humains qui s'y mettaient déjà. Par eux, beaucoup commencèrent à se souvenir du respect, beaucoup firent vivre bien des valeurs et ils me donnèrent même espoir.

Le monde court à sa perte mais, si beaucoup travaillent ensemble, si plusieurs s'unissent sous un même et noble but, peut-être, ô grand peut-être, y a-t-il un espoir de voir le monde s'améliorer et prospérer, de voir les hommes devenir ce que mon peuple était autrefois.

Peut-être les hommes ne sont-ils pas uniquement ce que je pensais.

Je suis Moro, dernier loup d'Amarok.
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Faenor
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MessageSujet: Re: Le dernier loup d'Amarok   Jeu 2 Sep - 0:59

flow merci ami! je l'imprime et je reviens!!! pa

_________________
Belle et Douce Journée à vous! /I\
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