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 Contes de Mer

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Faenor
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MessageSujet: Contes de Mer   Lun 10 Déc - 22:50

Un petit recueil de Contes de Mer!
Pour nous toutes et tous, mais aussi pour Dame Baleine qui en recherche pour un prochain spectacle!

Si vous-même en avez dans vos besaces, n'hésitez pas à venir les partager ici! Merci! tchintchi

Le pêcheur et la baleine Conte inuit

Un pêcheur s’en revenait presque bredouille. C’était un jour de malchance, il n’avait pêché que deux pauvres petites morues.

Comme il approchait du rivage, il aperçut sur le sable des bas-fonds un gros rocher qu’il n’avait jamais vu.
La mer avait-elle apporté cet énorme rocher sur le rivage ?
C’était peu probable, car il n’y avait pas eu de tempête récemment et les flots étaient calmes depuis beaucoup de jours.

Le pêcheur sauta de son kayak pour aller observer ce rocher.
Quel ne fut pas son étonnement quand il s’aperçut que ce n’était pas un rocher, mais une baleine qui dormait sur le sable.
Comment était-elle arrivée là, se demandait le pêcheur, et il lui fallut un moment pour comprendre que la baleine s’était posée sur les bas-fonds pour se reposer, que la marée était descendue pendant qu’elle dormait et, qu’ainsi, elle s’était trouvée sur le sable sec.
«Enfin, la chance me sourit, se dit-il tout joyeux, et une chance inouïe ! Pêcher tout seul une baleine, cela n’est encore jamais arrivé à personne !»

Il courut à son kayak pour prendre son harpon et tuer la baleine. Quand, de retour, il voulut porter à l’animal un coup de harpon, la baleine se réveilla et dit :
-"Ne me tue pas, cher pêcheur ! Tu en auras riche récompense. "

Le pêcheur fut pris de peur. Une baleine qui parle, se dit-il, ce n’est pas chose ordinaire ! Et il laissa retomber son harpon.
-"Tu ne le regretteras pas", reprit la baleine.

Le pêcheur s’en retourna vers son kayak, se demandant s’il avait eu raison d’épargner la baleine. Laisser cette montagne de viande et de graisse retourner à la mer... Ne suis-je pas le dernier des naïfs ?
Il vaut mieux que je n’en dise rien, on se moquerait de moi !
Sur ce, la marée remonta et la baleine disparut dans les flots.

Quand, le lendemain, le pêcheur revint sur le lieu de son aventure, il ne fut pas tout à fait sûr de ne l’avoir pas rêvée.
Mais, de ce jour, il y eut quelque chose de changé.
Quel que fût l’endroit où il s’en allait naviguer, jamais il ne revenait sans poisson. Même quand le temps ne semblait pas propice à attraper le moindre petit poisson, il revenait le kayak plein à ras bords. C’était une chose bien étrange.
Il semblait que le kayak fût vivant : il se dirigeait toujours vers les bancs de poissons.

Un jour même, alors que le pêcheur ramait pour le diriger vers la droite, il vogua du côté gauche là où il y avait du poisson.
Le pêcheur se rendait bien compte que ce n’était pas le fruit du hasard et que la baleine avait tenu ses promesses.
Il garda son secret pour lui.
Et toute sa vie, il eut le même bonheur à la pêche.

...Et jamais plus, il ne chassa la baleine.




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Dernière édition par le Lun 10 Déc - 22:59, édité 1 fois
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Faenor
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MessageSujet: Re: Contes de Mer   Lun 10 Déc - 22:52

Les trois Vagues (conte scandinave)

Olaf était le fils d’un couple de pauvres pêcheurs qui ne possédait qu’une vieille barque et des filets rapiécés. Mais le garçon était heureux. Il semblait né joyeux et savait tout prendre avec bonne humeur.

De plus, il avait un don : il voyait tout, même l’invisible et, quand il désirait disparaître, il lui suffisait de passer la main devant ses yeux. Un jour, son père ne rentra pas de sa tournée en mer

Mais Olaf consola sa mère en lui disant que le brave homme avait sans doute trouvé refuge sur une île légendaire qui accueillait les naufragés. Afin d’assurer leur pain quotidien, Olaf se fit marin.

Il s’engagea sur un navire. Il aimait tellement rire, et tellement travailler que l’équipage le prit en amitié. Mais, avant le second voyage, Olaf décida de rester chez sa mère afin de l’aider à semer et à labourer. Il consentit cependant à aider ses anciens compagnons à faire leur déchargement. C’est ainsi qu’il se retrouva seul sur le quai pendant que le reste de l’équipage était parti s’amuser

. Tandis qu’il veillait, il entendit trois voix criardes dans la nuit. Il se rapprocha du vaisseau et colla son visage au hublot.

Et il aperçu trois mouettes noires comme des corneilles dont les mots résonnaient à son oreille avec des voix de sorcières. Ne pouvant en croire ses yeux, il passa la main dessus et devint aussitôt invisible. Alors, il monta sur le bateau et descendit dans la cale, silencieusement, au milieu des trois volatiles. Ceux-ci continuaient à bavarder :

- Personne ne sait que nous sommes sorcières et que nous détestons les matelots !

- Et, quand nous serons en mer, nous lancerons contre eux trois vagues et ils seront engloutis dans les eaux !

- Ils ne sauront pas que, pour se sauver, il leur suffirait de lancer une stère de bois de bouleau hors du bateau, sur chacune de ces vagues…

Puis les mouettes-corneilles rirent entre elles et s’envolèrent à tire-d’aile par un hublot entrouvert. Le lendemain matin, quand le capitaine revint,

Olaf lui proposa de l’accompagner à condition qu’il fît charger sur le bateau trois stères de bois de bouleau. Le capitaine le prit pour un fou, mais il accepta malgré tout. Et le vaisseau prit la mer… Ils naviguèrent et naviguèrent sans que rien de fâcheux arrivât. Mais, brusquement, une nuit, le vent se leva et la mer s’agita, Une vague énorme déferla sur le navire. Les matelots s’attendaient au pire, mais

Olaf leur ordonna de jeté contre cette vagie phénoménale un stère du bois qui était dans la cale. Ainsi fut fait et, stupéfaits, les marins virent les flots se calmer. Ils entendirent le vent s’essouffler et une vois de sorcière crier :

- Aie ! Aie ! Aie ! Je vais couler…

Le bateau continua d’avancer . Il navigua sans incident jusqu’à ce que le vent se mit à souffler plus fort et la mer à s’agiter encore plus fort que la première fois.

- Écoutez moi ! Attachez tous les objets qui risquent d’être emportés et jetez un nouveau stère de bois de bouleau hors du bateau ! ordonna Olaf à ses compagnons.

Sans chercher à savoir pourquoi, les marins s’exécutèrent. Aussitôt, le vent et les flots se calmèrent et on entendit à nouveau une voix de sorcière crier :

- Aie ! Aie ! Aie ! Je vais couler…

Et le navire poursuivit son chemin jusqu’au lendemain matin.
Là, une tempête d’une violence inouïe, brusquement s’abattit sur lui. Une vague comme n’en avait jamais vu aucun équipage s’éleva entre la mer et les nuages.

- Nous allons tout être engloutis ! hurlèrent les matelots.

- Faites ce que je vous dis… leur conseilla Olaf aussitôt.
Attachez-vous au bateau pendant que je jetterai à l’eau tout ce qui reste du bois de bouleau.

Et les marins s’exécutèrent. Les vents et les flots se déchaînèrent. La vague étendit ses grands bras écumeux tandis que les hommes, de tous leurs v?ux, appelaient l’île légendaire qui sauvait les naufragés de la mer. Quand Olaf eu lancé le dernier morceau de bois, on entendit une vois :

- Aie ! Aie ! Aie ! Je vais couler…

Alors la tempête s’arrêta. Le vent violent se calma. Et les matelots purent se détacher pour voir flotter, au milieu des bûches de bois de bouleau, quelques grandes plumes noires…

Ensuite, comme dans les histoires qu’on leur racontait quand ils étaient enfants, ils virent arriver vers eux doucement, poussée par un souffle du vent, la belle île légendaire qui accueillait les naufragés de la mer.

Dessus, Olaf reconnu son père. Et il le fit monter à son bord.
On dit qu’ensemble ils naviguèrent encore de par le monde en revenant, de temps en temps, vers leur chaumière ou la mère d’Olaf les attend afin de semer le blé ou de bien le récolter.

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MessageSujet: Re: Contes de Mer   Lun 10 Déc - 22:58

ET LA MER DEVINT SALEE ... (Breton)

As-tu jamais goûté l'eau de mer ? Pouah, que c'est salé ! Eh pourtant des milliers et des milliers de poissons, de coquillages, de crustacés et bien d'autre plantes et animaux ne peuvent vivrent que dans la mer, et dans la mer … salée. Mais au fait, sais-tu pourquoi la mer est salée ? Voici ce que m'a expliqué un vieux pêcheur de Concarneau, et tu sais que les vieux pêcheurs, surtout ceux de Concarneau, ne mentent jamais … chaque fois qu'ils disent la vérité …

C'était il y a si longtemps que le grand-père de ton grand-père n'était pas encore né. Le sable du Cabellou était encore rocher et les paysans de Lanriec venaient en charrette aux Glénan pour y faire la moisson. En ce temps-là, le rivage de la mer se trouvait tout là-bas à la ligne d'horizon et, chose encore plus curieuse, l'eau de la mer…n'était pas salée !
Les pêcheurs en rapportaient carpes et goujons, truites et brochets, mais jamais la moindre sardine, jamais le plus petit merluchon.

Le père Pélage était le plus ancien marin de Trévignon. Il était venu au monde il y avait si longtemps qu'il ne savait plus lui-même son âge.
- Il avait déjà plus de cents ans quand j'ai fait ma première marée, affirmait le syndic du port, et son bateau est pour le moins aussi vieux que lui.

C'est vrai que sa barque n'inspirait guère confiance. Entre les bordés disjoints, l'eau filtrait insidieusement.
Pélage ne semblait pas en faire cas.
On le voyait seulement, lorsqu'il jugeait que l'esquif s'enfonçait trop, déchausser l'un de ses sabots en guise d'écope et jeter par-dessus bord juste assez d'eau pour ne pas aller par le fond avant d'atteindre le port.
Avec son unique casier couvert d'algues vertes, ce n'est pas lui qui risquait de dévaster les fonds. Il rapportait chaque jour exactement de quoi faire une fricassée ou une soupe parfumée.
Vivant seul depuis bien longtemps, cela lui suffisait et jamais on ne l'avait entendu se plaindre.
Les jeunes le taquinaient parfois :
- Alors, Pélage, trois anguilles seulement ? Un bon pêcheur comme toi, si tu voulais embarquer avec nous, avec des filets neufs tu ferais fortune ! Pélage se contentait de lever la main en souriant.

Ce soir-là, il hissait à bord son orin, comme à l'accoutumée, lorsqu'il vit s'agiter au fond du casier une étrange créature : ce n'était ni un poisson ni un crabe comme il l'espérait mais une sorte de paquets d'algues d'où émergeaient de minuscules bras et une tête ébouriffée. Jamais, de toute sa vie, il n'avait vu chose pareille. Avec précaution, il la sortit de sa prison, la débarrassa des algues qui l'entravaient.
Il découvrit alors une espèce de petit homme, grand comme la main et dont les jambes auraient été remplacées par un queue de poisson d'un vert fluorescent.

Le curieux petit être s'agitait entre les doigts du pêcheur.
En l'examinant de plus près, Pélage s'aperçut qu'il remuait les lèvres comme s'il parlait mais le claquement de la voie empêchait d'entendre si, réellement, des sons sortaient de cette bouche en miniature. Pour en avoir le coeur net, il affala la voile, s'assit sur le banc de nage et approcha de son oreille sa bizarre capture.

Ce drôle de petit homme-poisson parlait ! D'une voix à peine audible, certes, mais il parlait :
- S'il te plaît, Pélage, rejette-moi à la mer. Que pourrais-tu faire de moi ? Je suis le roi des ondins ; mon peuple et moi vivons au fond de la mer et c'est nous qui accrochons les poissons dans les filets des pêcheurs. Je m'apprêtais justement à déposer une carpe dans ton casier quand tu l'as relevé et je suis resté dans le piège. Si tu me relâche, je te récompenserai, car notre pouvoir est très grand.

Aussi éberlué qu'amusé, Pélage ne réfléchit pas longtemps : ce gros coquillage qui restait au fond du casier suffirait bien à son repas du soir. Se penchant au-dessus de l'eau, il y déposa délicatement le petit ondin.
Celui-ci plongea comme un éclair puis réapparut aussitôt.
Sa voix était cette fois, beaucoup plus forte :
- Merci, vieux Pélage, merci de m'avoir libéré. Pour te remercier, garde bien ce coquillage que tu as pêché, car il est magique. Chaque fois que tu désireras quelque chose, dis exactement :
" Petit coquillage des ondins, tourne, tourne sur toi-même et tourne ceci en mes mains ".
Pour l'arrêter, il suffira de lui dire : " Petit coquillage des ondins, arrête ton moulin. Repose-toi jusqu'à demain ! " Surtout n'oublie pas ces formules, sinon le coquillage ne t'obéirait plus.

Et dans un remous turquoise, le petit ondin disparu.
En débarquant sur les rochers de Trévignon, Pélage fredonnait. Cette aventure hors du commun l'avait mis de bonne humeur mais, comme il lui arrivait de s'assoupir dans sa barque, il n'était pas sûr, au fond, de n'avoir pas rêvé toute cette histoire.

Au moment de se mettre à table devant son éternel bol de soupe, il se prit à soupirer :
-Que j'aimerais, ce soir, manger un rôti de porc bien doré, comme celui de mes noces, il y si longtemps ! Et si ce coquillage avait réellement le pouvoir de… Il prit son ton le plus sérieux et ordonna :
-Petit coquillage des ondins, tourne, tourne sur toi-même et tourne un rôti en mes mains.
La phrase était à peine achevée qu'un énorme rôti, doré à point, lui sautait dans les mains.
De surprise, le vieux pêcheur lâcha ce mets tombé du ciel mais un second rôti semblable vint aussitôt le remplacer.
- Oh là ! c'en est trop ! Petit coquillage des ondins, arrête ton moulin. Repose-toi jusqu'à demain. Jamais Pélage n'avait été à pareil festin. Il s'endormit en rêvant aux mille choses que le coquillage allait lui procurer désormais.
Avant le soleil levé, il était sur le port, mais comme il appareillait, la lourde voile décorée et rapiécée se déchira brusquement.

Au lieu de se désoler , il pensa tout de suite au coquillage qu'il avait en poche :
- Petit coquillage des ondins, tourne, tourne sur toi-même et tourne une voile en mes mains. Une magnifique misaine rouge se déroula au pied du mât.
Le marin se pressa de lancer la seconde formule. Il n'avait que faire d'une deuxième voile semblable car la barque était bien petite ! En voyant sortir le vieux canot arborant une fine voile rouge, les autres marins n'en croyaient pas leurs yeux.
Depuis qu'ils connaissaient Pélage, jamais ils ne lui avaient rien vu de neuf.
Où pouvait-il avoir trouvé de quoi s'acheter pareil gréement ?
Quand, le lendemain, on le vit sortir de sa chaumière portant vareuse encore craquante d'apprêt et sabots fleurant le bois fraîchement tranché, l'étonnement fut à son comble.
Pélage avait-il vendu son âme au diable ? Il fallait savoir.

Le village dormait depuis longtemps déjà. Seule la lampe de Pélage brillait derrière les petits carreaux de la maison. La porte de la chaumière d'en face s'entrouvrit discrètement.
Sautant le mur, une silhouette vint se hisser jusqu'à la fenêtre éclairée. Le voisin avait été chargé de surveiller les faits et gestes du " nouveau riche ".
Le pêcheur était assis devant l'âtre, un coquillage posé sur les genoux. Le voisin l'entendit nettement prononcer :
-Petit coquillage des ondins, tourne, tourne sur toi-même et tourne une bûche en mes mains.
Ebahi, le curieux vit une grosse branche de chêne, sortie d'on ne sait où, se placer en travers des genoux du bonhomme. Il en savait assez : s'il réussissait à se saisir de ce coquillage magique,
sa fortune était assurée. Ce n'était pas des voiles et des habits qu'il demanderait, mais de l'or et des diamants.
Tapi dans l'ombre, il attendit que s'éteigne la lampe de Pélage.
Il attendit encore et poussa la porte que le marin ne fermait jamais à clef car il ne possédait rien chez lui susceptible d'attirer les voleurs…

Le boulanger du port allumait son four lorsqu'il vit passer le voisin de Pélage , chargé d'un grand sac.
- Déjà levé Younnic ? Où vas-tu si tôt avec ton barda sur le dos ? L'autre parut gêné et pressa le pas : - J'embarque pour Lorient où j'ai à faire.
Il quittait en réalité le pays pour toujours car il emportait le coquillage magique et préférait être loin avant de s'en servir.
Ainsi personne ne soupçonnait la raison de sa fortune nouvelle.

Une fois au large, il comptait d'abord faire changer sa barque en goélette, lui faire apparaître un équipage et aller aux Amériques où il aurait carrosse, château et jardins. Il lui fallait pour l'instant gagner la haute mer avant que Pélage ne s'aperçût du larcin. Sur le coup de midi, il prépara une omelette sur le fourneau du bord. Mais dans sa précipitation il avait oublié à terre sel et poivre.
Passe encore une omelette sans poivre, mais sans sel quel triste menu !
- Mais mon coquillage va sûrement me venir en aide ! Que disait le vieux déjà ? Ah, j'y suis : petit coquillage des ondins, tourne, tourne sur toi-même et tourne du sel en mes mains.
Une poignée de sel blanc bondit dans la poêle.
-Oh, oh pas tant, tu vas gâcher mon omelette ! Une autre poignée avait rejoint la première, puis une autre encore.

- Merci ! Merci ! C'est trop, j'en avais bien assez d'une poignée !Arrête-toi !
Mais le sel continuait à s'amonceler sur le fourneau
- Cela suffit ! Vas-tu finir, maudit coquillage ?… Le fond de la barque était maintenant recouvert d'une épaisse couche blanche qui roulait en vagues au gré du roulis.
Younnic en avait jusqu'aux genoux et tentait en vain de se dégager, tandis que le bateau s'enfonçait lentement.
Au prix d'un terrible effort, il put agripper le mât et s'y hisser.
Si seulement il avait pu retrouver le coquillage et le jeter à l'eau, sans doute cette marée de sel se serait-elle arrêtée.

Mais le coquillage était lui-même enseveli on ne sait où.
Younnic se sentit perdu.
Le sel dépassait le plat-bord et retombait en cascade dans la mer.
La barque n'allait pas tarder à couler bas.
Le marin saisit une brassée de lièges suspendus au mât et sauta à l'eau…

Quelques semaines plus tard, un trois-mâts faisait escale aux Amériques.
Le cuisinier du bord s'appelait Younnic.
Un drôle de cuisinier, à vrai dire, car il refusait toujours de mettre du sel dans le rata de l'équipage.
On racontait qu'il avait été repêché en pleine mer, un paquet de lièges en guise de bouée…

A Trévignon comme ailleurs, les pêcheurs s'aperçurent qu'ils ne rapportaient plus les mêmes espèces dans leurs filets ; c'étaient maintenant des maquereaux, des sardines et des rougets.
Voilà des poissons qui avait du goût !
Et puis un jour, un petit enfant qui apprenait à nager au bord de la plage revint en hurlant vers sa mère : --- Elle est salée ! Elle est salée !
On mit un bon moment à comprendre : il avait avalé une gorgée d'eau et avait ressenti une soudaine brûlure, l'eau de la mer était salée ! On Vérifia ici, on vérifia là. Partout la mer était maintenant salée…

Quelque part, au fond de la mer , un très vieux coquillage tourne sans cesse sur lui-même et l'on raconte qu'au large des Glénan, l'Océan est toujours plus salé qu'en tout autre point du Globe.
Va savoir pourquoi ?…

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MessageSujet: Re: Contes de Mer   Lun 10 Déc - 23:08

Le petit poisson d’or 

   Il était une fois, un pêcheur qui vivait avec sa femme dans une misérable cabane au bord de la mer. Tous les jours dans sa vieille barque, il allait pêcher loin du rivage. Ce matin là,  il n’eut pas de chance, chaque fois qu ‘il remontait son filet des flots aucun poisson ne s’y trouvait. Pas un seul ! Pas même la moindre petite sardine.
Le pauvre homme passa des heures au soleil en recommençant encore et encore mais il ne pêchait toujours rien. Il n’y avait pas un souffle d’air, la mer plate et immobile semblait désertée.

Vers le soir, il fut pris d’inquiétude: que mangerait-il sa femme et lui s’il ne rapportait rien pour dîner? Il lança une dernière fois son filet et, lorsqu’il le remonta, il y trouva enfin un poisson, un tout petit poisson dont les écailles brillaient… comme de l’or. Le pêcheur allait le saisir mais son geste s’arrêta net quand il entendit parler; c’était le poisson qui lui disait d’une voix suppliante :

-«  Pêcheur, pêcheur s’il te plaît ! Laisse-moi la vie et la liberté, je suis un prince ensorcelé et je te donnerais tout ce que tu peux souhaiter! »

Le premier moment de surprise passé, le pêcheur qui était un brave homme  lui répondit :

-« Garde donc ta liberté, va, de toute façon, moi,  un poisson qui sait parler, je ne pourrais jamais l’avaler! »

Puis il le remit délicatement dans l’eau et rentra chez lui. Il raconta à sa femme qu’il n’avait rien pêché de la journée, si ce n’est un minuscule poisson doré qu’il avait d’ailleurs relâché en échange de grandes promesses.

-« Et Que lui as-tu demandé alors ?? » s’exclama aussitôt la femme.

-« Eh bien, rien! Que voulais-tu qu’il me donne ? »

L’épouse devint soudain furieuse :

-« A-t-on jamais vu pareil nigaud ! Que voulait-tu qu’il me donne, que voulais-tu qu’il me donne ? Tu ne vois donc pas l’état de notre vieille masure !! Pleine de trous et de pourriture ! Comment peut-on être aussi bête ! Reprends ta barque immédiatement et cours dire à ce poisson que nous voulons une petite chaumière en échange de la vie que tu lui as laissée. »

Le pêcheur, tout penaud, effrayé par les cris de sa femme, repartit sur la mer. A l’endroit où il l’avait pêché, il appela le petit poisson :

-« Poisson ! Petit poisson d’or ! Reviens près de moi, reviens encore ! C’est ma femme, la dure Isabelle qui veut que je veuille comme elle ! »

Le vieil homme entendit un léger clapotis et à travers l’eau calme et  transparente, brillèrent bientôt les écailles dorées du petit poisson.

-« Et que veut-elle donc ? » demanda celui-ci

-« Une jolie maisonnette pour remplacer notre vieille cabane. »

-« Rentre chez toi, elle l’a déjà ! » dit tranquillement le poisson avant de replonger dans les profondeurs turquoises de la mer. 

Lorsqu’il revint chez lui, le pêcheur n’en crut pas ses yeux : à la place de la misérable bicoque, il y avait maintenant une charmante chaumière. Sa femme, qui l’attendait sur le seuil de la porte, lui montra avec une joie de petite fille la cuisine au cuivre étincelant, le salon et la chambre confortablement meublés et le jardin joliment fleuri.

-« Fichtre ! » fit le bonhomme tout content « Nous avons vraiment tout pour être maintenant, nan ? »

-« Nous verrons, nous verrons… » répondit étrangement sa femme.

Deux semaines plus tard, en faisant la grimace, elle déclara :

-« Finalement, cette chaumière est bien trop petite pour nous ; le poisson aurait du nous donné quelque chose de plus grand ! Retournes donc le voir et dis-lui qu’il nous faut maintenant un beau château de pierre entouré d’un parc. »

-« Mais, cette maison est déjà très bien pour nous ! Qu’allons-nous faire d’un château ? »

L’épouse alors se fâcha :

-« Vas donc trouver ce poisson bougre d’imbécile ! Tu n’as qu’à demander, ce n’est pas difficile ! Il peut bien faire ça pour nous, nan ? Nous lui avons sauvé la vie !! Allez, vas-y !! »

Le pêcheur, qui redoutait le terrible caractère de sa femme, dut retourner sur la mer. Il y avait du vent ce jour-là et sa barque dansait sur les vagues lorsque timidement, il appela :

-« Poisson ! Petit poisson d’or ! Réponds, réponds-moi encore ! C’est ma femme, la dure Isabelle qui veut que je veuille comme elle ! »

Le petit poisson d’or apparut bientôt à la surface agitée de l’eau :

-« Et que veut-elle encore ? » demanda-t-il au pêcheur.

-« Et bien… » dit le brave homme très embarrassé « C’est que… maintenant elle veut un château ! »

-« Rentre chez toi, elle l’a déjà. » et le petit poisson disparut dans les flots.

Au retour, le pêcheur découvrit, à la place de la chaumière, un majestueux château. Sa femme l’attendait en haut du grand escalier de marbre et tout excitée, elle lui fit visiter les salles et les salons aux portes monumentales. Des domestiques se courbaient sur leur passage et le pêcheur ébahit s’extasia à chaque pas.

-« Oh, et ces lustres… tout de cristal… Oh ! Et cette vaisselle ! En argent ! Et ces belles tapisseries…oh…ohohoh… et ces meubles tous plus magnifiques les uns que les autres ! Oh ! Et ce parc ! Mais il est immense ! Ah vraiment ma femme, c’est trop de bonheur ! » s’exclama vivement le pêcheur, les larmes aux yeux. « Il nous faudra plus d’une vie pour goûter à toutes les joies que vas nous procurer cette fabuleuse demeure ! » 
Sa femme hocha la tête, avec un petit sourire, mais ne dit rien…

Le lendemain matin, elle réveilla son mari d’un coup de coude :

-« Vas vite trouver ton poisson ! Et explique-lui qu’il absolument  que nous soyons les rois de ce pays ! »

-« Qquoi ! S’écria le pauvre vieux en se frottant les yeux « Je n’ai pas besoin d’être roi moi, je suis bien assez heureux comme cela. »

-« Que m’importe ton bonheur ! » hurla la terrible femme, le visage soudain rouge et crispé « Cours tout de suite lui dire, que Moi, je veux être reine ! »

L’homme pensait que ce n’était vraiment pas raisonnable et que le poisson finirait par le prendre mal. Il ne voulait pas y aller mais sa femme devenait si enragée qu’il y retourna tout de même. L’eau était grise et tourmentée, l’écume volait sur la crête des vagues et la  fragile embarcation était ballottée par les flots.
Dans les sifflements du vent, le vieil homme dut crier pour se faire entendre :

-« Poisson ! Petit poisson d’or ! Réponds, réponds-moi encore ! C’est ma femme, la dure Isabelle qui veut que je veuille comme elle ! »

-« Que veut-elle donc encore ? » demanda le petit poisson

-« Voilà que maintenant, elle veut devenir… » il hésita, il était si peiné d’avoir à demander une telle absurdité « Elle veut devenir… reine ! » lâcha-t-il enfin en pleurant.

-« Rentre chez toi, elle l’est déjà » dit le petit poisson avant de disparaître dans les vagues en furie.

Lorsque le pêcheur trouva sa femme, assise sur un grand trône d’or, portant une couronne incrustée de diamants et tenant un sceptre orné de pierres précieuses, il en eut le souffle coupé.

-« Te voilà la plus riche… et la plus importante maintenant, tu dois être contente.»

-« Oui ! Parce qu’une reine peut tout exiger et tout avoir, tout ! » répondit-elle l’air satisfait.»

Durant la nuit qui suivit, le pêcheur dormit profondément mais la reine, qui ne pouvait trouver le sommeil, attendait avec impatience que la nuit s’achève. Elle se tournait et retournait dans ses draps de soie en soupirant rageusement :

-« A quoi cela me sert-il d’être reine si je ne peux même pas commander au soleil de se lever ! Je veux pouvoir tout diriger tout ! Comme bon me semble ! » grognait-elle, dévorée par le désir d’être plus puissante encore.

Finalement apparurent les lueurs rosées du matin.
Elle se  redressa dans son lit, regarda le soleil jeter ses premiers rayons et réveilla d’un grand coup de coude son mari.

-« Homme ! Debout ! Vas dire au poisson d’or que je veux pouvoir commander moi-même au Soleil de se lever ! »

L’homme reçut un tel choc qu’il en tomba du lit

-« Que dis-tu là ? » balbutia-t-il croyant avoir mal compris.

-« Je ne puis supporter plus longtemps que la Lune et le Soleil se lèvent et se couchent sans que je leurs en aie donné l’ordre ! Cours lui dire que je veux le pouvoir suprême ! Tout gouverner ! Sur Terre comme au ciel ! »

-« Sur Terre comme au ciel ?!? Mais femme c’est impossible ! Quelle est cette nouvelle folie ? Il n’y a que le bon Dieu qui… » mais le pauvre homme ne put en dire davantage, sa femme le fixait d’une si terrible façon qu’il en eut des frissons.

-« Alors vas dire au poisson que je veux être le bon dieu… ! Allons ! Debout ! » rugit-elle en le frappant d’un autre coup.

Le pêcheur enfila ses vêtements à toute vitesse et, complètement bouleversé, reprit sa barque.

La mer, cette fois, était noire et déchaînée, grondante et écumante sous une tempête d’une violence inouïe. Le pêcheur crut qu’il allait se noyer. Lorsqu’il fut arrivé tant bien que mal à l’endroit habituel, il dut hurler de toutes les forces qu’il restait :

-« Poisson ! Petit poisson d’or ! Réponds, réponds-moi encore ! C’est ma femme, la dure Isabelle qui veut que je veuille comme elle ! »

-« Mais que veut-elle donc encore ? » demanda le petit poisson. On aurait dit que l’or de ses écailles lançaient des éclairs dans l’eau sombre.

-« Oh, petit poisson… » gémit le pauvre homme « Voici qu’elle veut avoir le pouvoir suprême ! Gouverner le monde ! Etre le bon Dieu ! »

Soudain, le tonnerre se mit à gronder, le ciel à noircir, le vent redoubla de violence et souleva des vagues hautes comme des montagnes. Le pêcheur terrorisé vit disparaître dans la mer le petit poisson d’or sans que celui-ci ne lui ait donné de réponse. Il attendit, tremblant au milieu de la tourmente mais, peu à peu, les vagues le repoussait vers le rivage et il dut se résoudre à rentrer au château.

Il était épuisé et abattu, mais il craignait surtout la colère de sa femme, la reine. Elle le chasserait sûrement lorsqu’il lui avouerait qu’il n’avait pu obtenir du poisson d’or ce qu’elle exigeait.

Mais… que vit-il au détour du chemin, à la place du château somptueux ? La pauvre vieille cabane, dans laquelle il avait vécu auparavant. Sa femme, assise sur le pas de la porte, l’attendait. Muette et hébétée, ne comprenant pas encore ce qui venait de lui arriver.
Elle passa le reste de ses jours dans cette misérable demeure à regretter d’avoir tout perdu pour en avoir trop voulu.
Son pauvre mari eut beau lancer et relancer son filet, il ne pêcha plus jamais de petit poisson d’or. Plus jamais.

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MessageSujet: Re: Contes de Mer   Mar 11 Déc - 12:22

Salut tout le monde,
et merci Faenor pour tous ces contes sur la mer.
(Comme tu le vois ce que tu m'as dis de faire pour le curseur à marché!)
Bises à tous
la baleine tchintchi
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MessageSujet: Re: Contes de Mer   Mar 11 Déc - 16:44

tchintchi Haaaa! ça me fait plaisir de te retrouver Dame baleine!

Oui, je t'ai mis déjà ceux que j'avais dans ma besace, mais je t'en apporterai d'autres après le 19 décembre, une fois que le plus gros des spectacles de Noël sera passé!
J'en copierai qqs de mes Livres!

Gros Bizoux, et bonne "pêche" aux Contes! :floc:

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MessageSujet: Re: Contes de Mer   Lun 14 Jan - 17:57

MANGEURS DE MOTS (Sicile)

5 pêcheurs vivaient dans un petit village sur une île de la Méditerranée.
Ils se connaissaient depuis l’enfance, étaient amis et travaillaient ensemble sur le même bateau.
Cette année-là, le poisson était devenu rare et les 5 hommes ne ramenaient que des filets vides.

Pour déjeuner, ils devaient se contenter d’un morceau de pain accompagné de quelques olives, qu’ils mâchaient le plus longuement possible pour se donner l’illusion qu’ils faisaient un long repas.

Un jour, un des 5 pêcheurs raconta aux autres sa soirée de la veille:
- comme vous le savez tous, ma femme est une excellente cuisinière.
Elle connait mille recettes, toutes plus meilleures les unes que les autres.
Hier au soir, elle en avait utilisé une dont elle a le secret pour préparer un poulet à la tomate. C’était si délicieux, que j’en ai repris 3 fois! Il suffit que j’en parle, pour en avoir encore l’eau à la bouche!

Les 4 autres se regardèrent sans comprendre. Comment leur ami parvenait-il à s’offrir du poulet, quand la pêche rapportait si peu?!
Le lendemain, à l’heure du déjeuner, ce dernier déclara qu’l n’avait pas faim.
- hier, dit-il, ma femme avait cuisiné un gros lapin en sauce accompagné de polenta.
J’en ai tellement mangé que je ne peux plus rien avaler aujourd’hui!..
Les autres pêcheurs s’interrogèrent encore.
Comment leur ami pouvait-il s’acheter du lapin, alors que les filets étaient constamment vides?

Giuseppe, ainsi s’appelait-il, prit alors l’habitude de raconter ainsi chqaue jour, son dîner de la veille.Tous les meilleurs plats y sont passés.
Au bout d’un mois, les 4 autres n’en pouvaient plus.
Ils en parlèrent à leurs épouses:
- mais comment fait-il pour s’offrir tout cela, déclarèrent-elles, alors que nous mourons presque de faim?!

Elles eurent alors l’idée d’aller voir la femme de Giuseppe.
La femme de Gisueppe fut heureuse de les voir, et les fit entrer.
Là, après quelques potins de village, les femmes entrèrent dans le vif du sujet, précisément celui qui les avait amenées là!
- et que comptes-tu préparer de bon ce soir, pour ton mari? demandèrent-elles.

La femme de Giuseppe se lamenta aussitôt:
- hélàs, sans le sou devant moi, je n’ai plus allumé le feu depuis bien un mois!
- et que mangez-vous donc?
- ce que ma mère veut bien nous laisser, répondit-elle en pleurant.
- ha, ma pauvre, dirent les autres, la vie est bien triste quand nos hommes ne pêchent rien!

A leur retour, les maris furent immédiatement informés que chez Giuseppe, le feu n’avait pas été allumé depuis un mois!
Alors, quand vint l’heure du déjeuner, le lendemain sur le bateau, les 4 hommes demandèrent à Giuseppe:
- alors mon ami! raconte-nous un peu ce que ta femme t’a cuisiné hier au soir!
- et bien, le diner était encore meilleur que d’habitude... elle...
- à d’autres! l’interrompirent les autres. Voilà un mois que tu nous parles de volailles, de rôtis en tout genre, alors que ta femme n’a pas allumé le feu depuis un mois, tout comme chez nous!

Giuseppe eut si honte, que des larmes lui sont montées aux yeux
- si je vous ai menti, leur dit-il, c’est parceque je n’avais rien et que je rêvais de festins!
Je croyais presque à ce que je vous racontais et ainsi, j’étais moins malheureux!...
- Nous ne t’en voulons pas et nous te comprenons,
car nous souffrons de ce même manque!

Pour finir, les 5 pêcheurs décidèrent que chacun à tour de rôle, ils raconteraient ce qu’ils n’ avaient pas eu la chance de manger la veille.
C’est ce qu’ils firent en attendant que leurs filets fussent de nouveau lourds de bons poissons.
Et durant cette période difficile, ils trompèrent leur faim...en se gavant de Mots!

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MessageSujet: Merci Faenor,   Lun 14 Jan - 19:21

et ne t'en fais pas, j'ai déjà récolté pas mal de contes.
Maintenant il reste à les "intégrer" puis à les offrir, et j'y travaille chaque jour.
Dans le livre "l'ogre des mers", celui qui porte ce titre justement, me plait et je le mettrai sur le jardin quand je l'aurai copier.

Comme ce que je prépare est pour des enfants de maternelle (5/6ans) celui des mots....demande à être bien "pensé".
Mais il est beau et je le ferai plutôt la troisième fois ou j'irai les voir. (car j'ai trois "spectacles " à faire dans cette maternelle sur le thème de la mer).

plu z papillon

Bises d'écumes et de vent
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MessageSujet: Bonsoir,   Mar 15 Jan - 18:11

Voici le conte sur l'ogre des mers que j'avais promis de mettre sur le forum une fois copié.
Chez nous c'est la tempête..On se croirait en pleine mer!

L’OGRE DES MERS
(Yvon Mauffret – Editions " La courte échelle ")

" Maman, je vais à la pêche ! " dit Petit-furet
Le voilà parti. Il fait un temps splendide, la mer toute proche est plate comme une limande. Petit-furet embarque à bord de " L’Archiduc " (un bateau, même petit a le droit de s’appeler comme ça) et appareille. Il ne va pas bien loin. Là, juste sous la balise, il sait qu’il y a un haut-fond très poissonneux.
Il jette l’ancre, met un ver au bout de sa ligne, balance le tout à l’eau, puis, comme tous les pêcheurs du monde, il attend !
Dix minutes, un quart d’heure se passe. Ça n’a pas l’air de mordre en bas ! Il fait de plus en plus chaud, la mer miroite au soleil. Petit-furet bâille, bâille encore, pique une tête, se reprend, repique une tête…Cette fois, Petit-furet s’est endormi ! En bas, sous la mer, il fait frais, et personne ne dort. Au contraire, ça grouille de vie !
Le beau ver que le garçon a fixé au bout de sa ligne se tortille au gré du courant. On dirait qu’il vit encore. Les habitants du coin le regardent avec un intérêt croissant.
- Hum ! ça à l’air bon, dit un petit éperlan brillant. Et hop ! Il avale le ver.
Là-haut, il y a un petit choc dans la ligne que Petit-furet s’est enroulé autour du poignet. Mais il dort trop bien !
L’éperlan tournicote autour de l’hameçon. Passe alors une VIEILLE (non, pas une vieille dame, mais un poisson qui s’appelle ainsi). Elle se sent en appétit et sans faire de manières, elle gobe l’éperlan et l’hameçon par la même occasion.
Là-haut, la ligne tire un peu plus. Petit-furet ne s’en rend pas compte.
En bas, les choses se précipitent. En effet, à cet instant précis, la marée, les courants, la chaleur de l’eau mettent lez poissons en appétit.
Une roussette tachetée aperçoit la vieille. " Elle est pleine d’arêtes se dit-elle, mais j’ai faim moi ! "
Et voilà la vieille dans l’estomac de la roussette. Là-haut, Petit-furet rêve qu’il attrape le plus gros poisson du monde.
Sous la mer, l’infernale ronde continue, puisque la nature veut que les gros mangent les petits. Un énorme congre tout noir est sorti de son trou. Il a vu la roussette à portée de ses dents. Un congre ne réfléchit pas, il mange… La roussette disparaît dans la mâchoire béante.
Il n’y a pas de raison pour que ça s’arrête : une raie-manta qui passe par-là englouti le congre, puis un peau-bleue dévore la raie-manta.
Attention, un peau-bleue n’est pas un vulgaire poisson : plus gros que lui, restent seulement les baleines, les cachalots…et ces énormes cétacés rôdent rarement près des balises, à quelque cent mètres d’une plage !
Et pourtant, sous la mer, voici que plane un grand silence. Comme si le monde sous-marin attendait quelque chose ou quelqu’un. Les bernicles s’incrustent à leur rocher, les moules cessent de bâiller, les anémones replient leurs pétales. D’un seul coup, toute vie s’arrête.
À la surface, Petit-furet se réveille, un peu perdu après avoir tant dormi. Il s’étire, se frotte les yeux…
- Ma ligne…Il tire…Rien ne vient.
- J’ai dû accrocher un rocher durant mon sommeil.
Il s’apprête à abandonner…Lorsque tout à coup…La ligne se fait toute molle. Petit-furet la ramène vers lui aussi vite que possible. Ses yeux s’écarquillent, sa bouche s’arrondit…
- C’est pas vrai, j’ai pêché un amphigourig !
Chez Petit-furet, les hommes sont pêcheurs de père en fils, depuis des générations. Et le soir à la veillée, les grands-pères racontent aux enfants la légende de l’amphigourig. Une sorte de géant, d’ogre qui vit au fond des mers et que nul ne voit jamais. Un jour, il y a de cela des siècles, un ancêtre Furet a trouvé un amphigourig échoué sur la plage. Au lieu de le dépecer, il a fait venir toute la famille pour le remettre à l’eau.
" S’il vous arrive d’en remonter un au bout de votre ligne, faudra pas avoir peur, avait conclu le grand-père. Il y a un pacte d’amitié entre eux et nous, les Furets ! "
Ne pas avoir peur. Petit-Furet aimerait bien que son grand-père soit là ! Par ce qu’un amphigourig, c’est plus qu’impressionnant !
Imaginez : une énorme tête couverte d’écailles vertes et bleues, des grands yeux noirs et une sorte d’antenne flexible au sommet du crâne…Dans l’eau transparente, Petit-Furet devine des nageoires, mais aussi comme des milliers de pattes qui s’agitent. L’amphigourig, ça tient du dragon, du serpent de mer, de la pieuvre et du scolopendre géant. Bref, c’est indescriptible !
Petit-Furet fait face à la bête. Celle-ci a posé délicatement les premières rangées de ses pattes à ventouses sur le bord du canot et dévisage le garçon de ses yeux sombres.
- Je m’appelle Petit-Furet, de la famille Furet, tu sais…balbutie l’enfant. On a signé un pacte d’amitié toi et nous !
L’amphigourig remue sa tête fantastique, comme s’il comprenait. Son antenne frontale, semblable à un bouquet, s’incline vers Petit-Furet et le caresse. Le garçon n’a plus peur du tout. Et pourtant, d’un seul coup de sa formidable mâchoire, l’animal pourrait les engloutir, son bateau et lui…
La mer alentour est parfaitement lisse, tel un lac par une eau soir d’été. Nul bruit, nul voile, le ciel est comme figé. Et cela dure, dure. Combien de temps au juste ? Dix minutes, deux heures, ou plus…Et puis, brusquement, l’amphigourig ouvre toute grande sa gueule prodigieuse. Il se contracte, régurgite le peau-bleue et le pousse vers le bateau. Petit-Furet amarre le grand poisson le long de la coque.
Une dernière fois, l’amphigourig fixe Petit-Furet, et, doucement, tout doucement, il s’enfonce dans les flots. Petit-Furet se sent soudain bien seul.


Il finit par rentrer chez lui, remorquant son énorme prise. Tous les gens du port sont là et le regardent arriver, s’extasiant qu’un si petit garçon est pris un si gros poisson !

Quand on ouvre le ventre du peau-bleue, on trouve la raie-manta, puis le congre géant, puis la roussette, puis la vieille et enfin, le petit éperlan brillant, tout ce beau monde dans un remarquable état de fraîcheur.
- Jamais, non jamais on a vu ça ! murmurent les pêcheurs.
Petit-Furet pourrait leur dire la vérité, leur parler de l’amphigourig. Pourtant, il se tait. " L’heure n’est pas venue, pense-t-il "

Plus tard, bien plus tard, lorsqu’il sera vieux et que ses petits enfants grimperont sur ses genoux, peut-être à son tour racontera-t-il l’histoire de l’animal fabuleux, de celui que l’on appel " l’ogre des mers ", et qui protége la famille Furet depuis le début des temps !



fe irish
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MessageSujet: Euhhh!!! C'est encore moa!   Jeu 17 Jan - 20:46

Et comme je suis toujours dans les contes de la mer, je vous en met un que j'ai adoré, même si je ne le raconterai pas aux enfants avant 9/10 ans.

Le garçon qui voulait voir la mer.
(Tiré de " l’Ogre des mers ")

Il était une fois un garçon nommé Igor, qui voulait voir la mer.
Drôle d’idée me direz-vous, quand justement on habite au centre d’un continent aussi éloigné du Pacifique que de l’Atlantique.
La mer ? Personne ici ne pouvait se l’imaginer, personne n’y était jamais allé.
On ne connaissait que le grand fleuve, les rivières, les innombrables sources, et ma foi, on s’en trouvait très bien. Sauf Igor !
L’un de ses cousins, marin au service de l’empereur, avait tenté de lui décrire la mer, et depuis, Igor en rêvait la nuit, et même le jour, quand il travaillait au champs ! Il avait une immensité bleue dans la tête. Il ne pouvait se confier à personne car on l’aurait traité de fou. Alors, il mitonnait son idée tout seul :
" Un jour, je partirai, je marcherai droit devant moi, le temps qu’il faudra. Mais j’y parviendrai. "
Un matin de printemps, il ne put y tenir davantage, et il partit. A tous il dit qu’il allait chercher un trésor, un filon d’or ou une mine de diamants. Les gens de sa famille hochèrent la tête : cet enfant-là n’avait jamais été comme les autres. Mais après tout, puisque c’était son idée….
Quand il eut perdu de vue le clocher de son village, Igor s’arrêta. Il ne savait même pas quelle direction prendre. A tout hasard, il décida de marcher vers l’ouest : on lui avait dit que lorsque le soleil se couchait, il s’enfonçait dans la mer. Il avait douze ans, de grands cheveux noirs et les poches percées.
Il marchait ; ses pieds le portaient le long des collines et des plaines.
Comme il n’avait pas d’argent, il était obligé de s’arrêter souvent, afin de gagner son pain.
Il fut successivement pâtre sur les flancs d’une montagne, gardien de dindons, montreur d’ours, garçon d’écurie…
Quand il avait amassé quelques sous, il saluait la compagnie et reprenait sa route. Quelque fois, il questionnait ceux qu’il croisait :
- Savez-vous si elle est encore loin ? demandait-il ?
- Et qui ça, mon garçon ?
- La mer, bien sur !
Les gens haussaient les épaules, hochaient la tête et s’éloignaient.
A ce rythme, il n’avançait guère et les années passaient. Il avait fini par franchir les frontières de son immense pays. Et il était devenu un homme.
Un jour, Igor s’arrêta dans une ferme pour aider aux moissons. La fille de la maison était si belle qu’il en oublia sa quête. Elle s’appelait Madrépore et avait les yeux bleus, si bleus, qu’il ne pensa plus au bleu de l’océan.
Ils se marièrent au printemps ; un garçon naquit l’année suivante puis une fille et une autre encore. Pour assurer l’avenir de ses enfants, il plantait un noyer à chaque naissance. En apparence, Igor s’était transformé en riche fermier, conscient de ses devoirs.
En apparence seulement, car lorsqu’il était seul, lorsque le travail de la terre lui laissait quelques répit, son vieux désir le reprenait, plus fort que jamais.
Mais quoi, il lui fallait bien élever ses enfants !
" Quand ils seront grands, je repartirai " se disait-il !
Les années passèrent. Les noyers qu’il avait planté pour la naissance de l’aîné donnaient maintenant de l’ombre, les cheveux noirs d’Igor avaient grisonnés, puis blanchi. Bientôt, il maria ses enfants.
Puis, un triste jour, il enterra Madrépore aux yeux bleus. Alors, au milieu de sa peine, le vieux désir revint en lui, aussi frais, aussi ardent que lorsqu’il avait douze ans : la mer l’attendait.
Il partagea ses biens, embrassa ses enfants, et les enfants de ses enfants, puis se remit en route vers l’ouest.
Oh ! il n’avançait plus au même rythme, il avait oublié les chansons qu’il fredonnait autrefois, mais il cheminait, il cheminait !
Un jour enfin, il crut sentir dans le vent une odeur inconnue faite de sel et d’iode. Ce soir-là, il dormit sous un chêne et se leva avec le soleil. Le cœur battant, il avançait. Sans crier gare, la mer, d’un coup fut devant lui ! Plus belle encore, plus immense et plus bleue que tout ce qu’il avait imaginé durant sa vie.
- Je suis arrivé, murmura-t-il en s’asseyant sur un rocher.
Que dire de plus ?
Il était une fois un vieillard aux cheveux blancs, nommé Igor, et qui contemplait la mer.


Voilà! Moi, cette histoire m'a beaucoup touché, et je sais que je la raconterai.


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MessageSujet: Re: Contes de Mer   Jeu 17 Jan - 21:53

Réaliser son plus cher désir même s'il faut l'attendre toute une vie.
Tu as raison, c'est très beau dame Baleine !

Et c'est un conte qui se termine bien ce qui n'est pas toujours le cas.
Merci pour cette histoire qui rapelle qu'il y a parfois des choses qui nous touchent dès notre plus jeune âge et qui nous guident pour le restant de notre vie.
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MessageSujet: Re: Contes de Mer   Jeu 17 Jan - 23:55

Oh oui ce deuxième conte est très beau! :flo:Plein de tendresse et plein d'espoir... Merci!
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MessageSujet: Re: Contes de Mer   Ven 18 Jan - 17:25

Les deux sont fantastiques, les dires coulent et éclaboussent...
un grand merci pour ce partage, Dame Baleine!

Je vais, pour qu'on les retrouve tous ensemble, assembler ce sujet avec les "Contes de Mer"!
Nous voici avec un filet de pêche bien enrichi! Merci! tchintchi

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MessageSujet: Femmes Cygnes de la Mer   Mer 30 Jan - 9:19

LES FEMMES CYGNES DE LA MER

Texte de Douglas Hyde puis traduit du Gaelique en Français par Georges Dottin

A Rinn-Culuisge (Roaringwater Bay), à l’ouest du comté de Cork, la mer pénètre profondément dans les terres, comme un fleuve, et les garçons qui demeurent dans le voisinage ont l’habitude de se réunir pour jouer, sur le bord, pendant les beaux jours.

Un jour, un garçon d’environ quatorze ans était seul sur le rivage et regardait sans crainte sur la mer ou il y avait des lueurs vertes produites par l’éclat du soleil, et pas un souffle de vent dans l’air.
Il s’était assis souvent avant ce jour au bas du flot qui battait maintenant contre les pierres au-dessous de lui, mais il pensa qu’il n’avait jamais vu l’eau plus belle et plus séduisante, et il se dit à lui-même que s’il avait un bateau, il aimerait à aller faire une promenade ; mais il n’y avait pas de bateau en vue.

Après avoir regardé quelque temps à l’entour, il aperçut une planche de bois tout prêt de lui, et en même temps il vit trois cygnes nager à la surface du golfe et venir vers lui.
Ils tournèrent deci delà, mais au bout de peu de temps ils arrivèrent devant lui.
Le garçon fut pris d’une grande joie en voyant la forme des oiseaux.
Il rassembla toutes les miettes de pain qu’il avait dans sa poche et les leur donna à manger. Il pensa qu’ils n’étaient pas sauvages ; ils semblaient si doux et si familiers! Ils s’avancèrent tout près de lui, mais chaque fois qu’il essayait de les prendre, il ne réussissait pas à les toucher. Ils n’étaient pas depuis longtemps auprès de lui qu’ils semblèrent devenir encore plus beaux et plus brillants, et son désir de les prendre s’accrut.
Pour satisfaire son désir, il prit la planche de bois, s’assit dessus et suivit les cygnes. Il dirigea la planche à sa volonté en plongeant rapidement les mains dans l’eau, comme on fait d’ordinaire avec les rames. Les cygnes continuèrent à aller devant lui, mais il ne pût les atteindre. En peu de temps, il se trouva au milieu de la mer.

Il était fatigué et il s’arrêta de ramer ; alors il changea de couleur, de crainte de ne pouvoir regagner la terre.
Mais les oiseaux s’approchèrent et se rassemblèrent autour de lui comme s’ils cherchaient à le remettre de son trouble, et ils firent en sorte qu’il oublia le danger ou il était. Plein d’affection pour eux, il étendit rapidement la main pour prendre le plus beau de la bande, mais il porta trop lourdement sur le bord de la planche, il manqua son coup et il tomba dans les vagues de la mer.

Quand il s’éveilla du saisissement qu’il avait éprouvé, il était étendu sur un lit de plumes, dans le château le plus beau qu’eût jamais vu oeil humain et trois dames se tenaient au pied de son lit.
L’une d’entre elles prit la main du jeune garçon et lui demanda aimablement comment il se faisait qu’il fût là.
- Je n’en sais rien, dit le jeune garçon, et il leur raconta le ma!heur qui lui était arrivé en route.
- Consens-tu a rester auprès de nous, enfin? dit la plus jeune, nous te souhaitons la bienvenue. Mais si tu restes ici pendant trois jours, tu ne pourras jamais plus demeurer dans ton pays, car le vent et le soleil te gêneraient.

Il était si charmé dans son coeur par la beauté du lieu qu’il promit de ne pas se séparer d’elles. Elles le conduisirent de chambre en chambre dans la maison ; chaque chambre l’emportait sur l’autre en beauté et en richesse ; elles étaient pleines de monceaux d’or et de riches soieries.
Il avait souvent lu des descriptions du Paradis et il se demanda à lui-même si c’était là l’endroit qu’on appelait de ce nom.
II resta avec un grand plaisir dans son nouveau pays pendant cinq ans, mais au bout de ce temps il fut pris du désir de retourner voir ses parents et les gens de sa famille. Il craignait qu’il ne lui fût pas possible de le faire, et son coeur se remplit de tristesse et de trouble sans que les dames en eussent connaissance.

Un jour qu’il était couché au pied d’un arbre et que des larmes coulaient sur ses joues, une vieille sans dents vint à lui et lui dit:
- Si tu me promets de m’épouser, je te conduirai chez toi demain.
- Je ne t’épouserai pas, dit-il, quand même tu aurais la moitie des richesses du monde.
Elle ne l’eut pas plus tôt entendu dire ces mots qu’elle bondit hors de sa vue. En même temps, les trois dames, qui étaient à l’ombre d’une tour près de lui à écouter sa conversation, 1’abordèrent: elles le remercièrent de la réponse qu’il avait donnée à la vieille femme, et lui dirent qu’en récompense, elles le feraient remonter chez lui.

Au moment ou le soleil se leva, le jour d’après, en s’éveillant, il se trouva assis sur un monticule, au bord de la mer, à peu de distance de la maison de son père.
Lorsqu’il regarda devant lui, il vit les trois cygnes qui nageaient dans le même bas-fond ou ils étaient cinq ans auparavant. Ils lui faisaient signe de la tête, comme s’ils lui disaient :
— Adieu, ami de notre cœur.
Ce faisant, ils plongèrent sous l’eau et ils partirent sans qu’on sût ce qu’ils étaient devenus.
II se rendit chez lui, et il raconta l’histoire qui est rapportée ici.

Comme son père et sa mère n’avaient pas d’autre enfant que lui, on peut s’imaginer comme ils furent joyeux de son retour, qu’ils n’espéraient pas. Les gens qui entendirent son histoire s’émerveillèrent mais ne le crurent pas, bien que ce fût la pure vérité.
Au bout de peu de temps, il fut pris du désir d’aller au beau pays qu’il avait quitté pour revoir l’endroit ou il avait demeuré, et ses amies, mais il ne savait comment accomplir son projet. Son père et sa mère se désolèrent qu’il voulut les quitter, eux qui n’avaient que lui, mais il ne voulut pas suivre leur conseil.

II alla au bord du golfe et se mit à pleurer, mais ce fut en vain, car il n’avait ni connaissance, ni information, ni secret sur l’endroit ou étaient allés les cygnes. On ne put le forcer à s’éloigner de là et à n’y pas retourner, jusqu’à ce qu’il mourut a cette place même.



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MessageSujet: Re: Contes de Mer   Mer 30 Jan - 16:36

Très beau Faenor !

Lorsqu'on laisse passer sa chance après c'est souvent trop tard !
Mais ce conte prouve qu'on est pas toujours totalement heureux avec ce qu'on obtient.
Nature humaine bizarre et pleine de contradictions.
Il était presqu'au paradis puis il a voulu revoir les siens et son pays.
Ensuite il a eu la nostalgie du monde qu'il avait découvert.

Beaucoup d'entre nous sont souvent en quête de quelque chose de difficilement accesible.
Mais quand ils l'obtiennent, ils s'en lassent où se rendent compte que ce n'était pas encore ça qu'il cherchaient.

D'autres gens se contentent de peu et sont heureux avec ce qu'ils ont.
Pourtant, avoir de l'ambition, avoir des rêves c'est un moteur pour beaucoup d'entre-nous.
La nature humaine est compliquée !
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MessageSujet: Re: Contes de Mer   Mer 30 Jan - 19:13

C'est bien vrai mon bon monsieur!
Mais c'est aussi grâce à cette étonnante nature humaine, que s'écrivent de si belles histoires!
Merci à elle, n'est ce pas!?

Et merci Faenor pour ce beau conte.

gr ii gn st buh ein
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MessageSujet: Re: Contes de Mer   Mer 30 Jan - 22:23

flow mais de rien, Dame Baleine!
je suis désolée de ne l'avoir trouvé qu'hier au soir, mais bon,
maintenant, il est là! Bien heureuse qu'il te plaise!!!


Je ne choisis pas toujours les Contes... je les rencontre au gré de mes lectures, sur des bouquins, ou sur le web.
Celui-ci avait envie de venir au Jardin... je n'ai pas su le refuser! tiluti

A noter pour celles et ceux qui ont moins l'habitude (comme notre Rakaniac, peut-être), que les "voyages" en Féerie ne laissent jamais indemne tout humain qui s'y est aventuré!...
Le Temps s'écoule sur un autre rythme,
et lorsque 3 jours sont passés en ces Mondes Merveilleux, des décennies, et même des siècles ont pu s'écouler pour le Monde des Humains...
bref, le "retour-maison" n'est jamais aisé! ... oups

Nous retrouverons régulièrement ce phénomène dans bon nombre de Contes et Légendes!

Bien à vous! flow

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MessageSujet: Le secret des poissons   Mar 26 Fév - 23:43

flow Un Joli Conte rapporté par Dame Baleine!
Merci à toi, Dame Conteuse!!! biz

LE SECRET DES POISSONS
(" Contes et légendes des Comores ")

Autrefois, raconte-t-on, la mer était inhabitée, car les poissons vivaient parmi les animaux de la forêt. Ils se tenaient debout et marchaient fièrement sur leur queue !
Un jour, Lion, le vieux roi réunit l’ensemble des animaux et leur dit
- Mes amis, la princesse est en âge de se marier. Elle épousera celui qui réussira à m’offrir la plus belle des dots : LA LUNE !

Les singes grimpèrent sur les cocotiers géants, et sautèrent pour attraper la lune. Mais ils retombèrent et se firent sérieusement mal aux fesses ! AÏE ! AÏE ! AÏE !

Les oiseaux volèrent haut, très haut, pour recueillir la lune ;,
mais ils manquèrent d’air et retombèrent sur la terre en se faisant sérieusement mal aux ailes ! AÏE ! AÏE ! AÏE !

Les tigres montèrent sur les hautes montagnes, bondirent pour saisir la lune, mais tombèrent et se firent sérieusement mal aux pattes ! AÏE ! AÏE ! AÏE !

Les animaux réfléchirent longtemps, mais aucun ne trouva le moyen d’offrir la lune au vieux roi.
Il n’y a que le chef des poissons qui eut une idée.
Il appela ses congénères, et leur chuchota :
- Mes frères, j’ai un secret ! En réalité, la lune ne se trouve pas au ciel. Suivez-moi !

Et tous les poissons suivirent leur chef. (Chanson des poissons à la queue leu leu) Les singes qui se soignaient les fesses les virent passer et leur demandèrent :
- Où allez-vous ainsi, amis Poissons ?
- Nulle part, nulle part ! répondirent en chœur les poissons, avant de poursuivre leur chemin.
Mais Lièvre, qui était malin et curieux avait entendu la conversation et commença à suivre les poissons tout en restant caché dans les fourrés !
Plus loin, ceux-ci rencontrèrent les oiseaux qui se soignaient les ailes.
- Où allez-vous comme ça, amis Poissons ? demandèrent les oiseaux
- Nulle part, nulle part ! répondirent en chœur les poissons, avant de poursuivre leur chemin
Lièvre, de plus en plus sûr qu’ils cachaient quelque chose, continua de les suivre.
Plus loin encore, ils croisèrent les tigres qui se soignaient les pattes :
- Où allez-vous ainsi, amis Poissons ? demandèrent les tigres
- Nulle part, nulle part ! répondirent en chœur les poissons, avant de poursuivre leur chemin
Avec Lièvre sur leur talon, ils arrivèrent enfin au bord de la mer.
Là, le chef des poissons confia aux autres poissons :
- En vérité, mes frères, la lune se cache au fond de la mer. Regardez
Et, en effet, la lune brillait au fond de la mer !
Heureux d’avoir trouvé la solution ignorée de tous les autres animaux, les poissons se jetèrent dans l’océan pour pêcher la lune.

Bien sur, Lièvre avait tout vu et tout entendu.
Il attendit un petit moment pour voir si les poissons ressortaient avec la lune…
Puis, s’approchant du bord de l’eau, il comprit tout à coup ce que les poissons avaient vu, et il partit à toute vitesse chercher une calebasse, la remplit d’eau et accourut au château en hurlant :
- J’ai capturé la lune ! J’ai capturé la lune !
Le roi sortit de son palais, et tous les animaux se rassemblèrent.
Lièvre présenta sa calebasse d’eau, dans laquelle, bien sur, la lune se reflétait.

Alors le vieux lion déclara solennellement :
- Lièvre, tu m’as offert la lune dans une calebasse et je t’en remercie. Tu épouseras donc ma fille !
En réalité, le vieux roi savait pertinemment que nul ne pouvait décrocher la lune. Il cherchait simplement l’animal le plus malin, qui l’honorerait en devenant son gendre !

Alors que tous les animaux fêtaient les noces de Lièvre avec la belle princesse, les poissons cherchaient toujours la lune au fond de la mer, et il semble qu’ils la cherchent toujours !

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MessageSujet: Re: Contes de Mer   Mer 5 Mar - 10:55

papillon Koukou Dame Baleine!!

j'ai déplacé ton très beau Conte dans le coin des "Ecrivains",
car c'est toi qui l'a écrit, et il n'y aura que les membres inscrits au Jardin qui pourront le lire! une petite façon de Protéger un peu vos Textes!

http://raconte.forumactif.com/contes-f34/pourquoi-comment-furent-crees-la-baleinele-dauphin-et-le-t294.htm#1156

Gros Bizoux! j'y vais de ce pas! biz streg

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Contes de Mer

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